Il y a plus de trois mois, j'osais une chronique sur le niveau de rémunération des fonctionnaires, mon attention ayant été attirée par la parution des résultats de l'enquête sur la structure des salaires en Suisse. J'y relevais la différence notable entre secteur privé et secteur public qui, contre toute attente, était au bénéfice net et systématique de ce dernier. Depuis, d'autres articles firent état de cette passionnante enquête (plus de 700 000 salariés recensés, vous voyez le sérieux) mais ils glissèrent sur cette différence comme s'il n'y avait là rien de bien intéressant.

Ainsi, alors même que les déficits publics sont une thématique récurrente et qu'il nous faudra voter bientôt sur les impôts directs et indirects dont dépend la survie de nos prestations sociales, cela ne fait ni chaud ni froid à personne de savoir que le salaire mensuel brut (valeur centrale) du secteur privé est de Fr. 5400.– contre 6200.– pour la Confédération (Poste et CFF inclus) et 6900.– pour les cantons. Passez, lecteurs, il n'y a rien à voir! Pourtant, si cette différence était gommée au niveau fédéral, cela réduirait d'un bon tiers le déficit 2003 et, dans le canton de Vaud, il n'y aurait pas eu de déficit du tout! A ceux qui affirment toujours qu'il ne faut pas diminuer le nombre des collaborateurs au risque de démanteler le service public, on peut répondre désormais que c'est la masse salariale qu'il faut revoir, ce qui ne nuira donc en rien aux tâches de l'Etat qui se comporte aujourd'hui comme le plus détestable des cartels, ses prix (les impôts) n'étant confrontés à aucune concurrence. Facile de faire des largesses avec l'argent de tout le monde… donc de personne!

Suite à ces réflexions iconoclastes, ma boîte aux lettres s'est instantanément remplie de réactions qui, quoique souvent injurieuses, permettaient d'ouvrir le dialogue, sauf celle du chef du Service des finances du canton de Vaud! Lui diffusa dans La Gazette de la fonction publique vaudoise une lettre ouverte à mon humble personne (qui n'abordait malheureusement pas la question des chiffres, et pour cause puisque, disait-il, lui comme moi étions capables de leur faire dire ce que nous voulions… affirmation pleine de sel venant du responsable des finances vaudoises!) mais, quand je lui répondis sur le même ton, le rédacteur responsable dudit journal refusa de publier ma réponse sous prétexte qu'elle n'intéresserait pas ses lecteurs… Laissez-moi rire! Face à cette superbe démonstration d'arrogance étatique, je vous invite à consulter cet échange de correspondance sur le site www.mypage.bluewin.ch/MHMIAUTON qui vous distraira à coup sûr!

La morale de cette histoire est donc que, si les fonctionnaires sont bien payés, ce n'est assurément pas pour leur courage, concernant ces deux-là du moins. Dans ma chronique, je prétendais que l'administration était si influente, si dangereuse électoralement, si accrochée à ses acquis que tous en ont peur, politiciens et médias compris. La preuve officielle m'en a été administrée, lâcheté incluse. J'en remercie ses auteurs.

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