Inutile de le préciser, la diatribe du professeur Philippe Bovy contre M2 suscite et justifie ce rapprochement entre les deux projets. En effet, le père du TSOL persiste et signe sa hantise des métros, puisqu'il avait à l'époque désavoué ses collègues de l'EPFL sur la pertinence technique, la faisabilité et l'opportunité du projet Swissmetro.

Swissmetro? Mais oui, ce train à grande vitesse (comme un TGV par exemple), mais à sustentation magnétique (pas de frottement, donc pas d'usure), se déplaçant dans un tunnel (pas de nuisances esthétiques ni sonores, pas d'expropriations non plus) particulièrement étroit (donc moins coûteux) dans lequel on a fait le vide (pas de résistance)… Une véritable révolution technologique dans ce pays auquel on reproche de n'en jamais fournir! Qu'en est-il advenu? Rien! Pourquoi? Parce que les Romands ne se sont pas mobilisés, parce que les CFF y ont vu une concurrence et non pas une complémentarité, parce que les écolos n'aiment ni la vitesse ni la mobilité, parce que la communauté scientifique cultive la jalousie, parce que trop d'Alémaniques pourfendent ce qui vient de Suisse romande, parce que la Confédération n'avait pas de millions surnuméraires (pour cela du moins) et parce que la société mise en place pour promouvoir le projet n'a rien promu du tout. En changeant les noms, vous trouverez dans cette description le schéma classique des grands ratés de ces dernières décennies, cumulant frilosité, objections idéologiques, problèmes financiers et manque d'esprit d'entreprise.

L'espoir me reprend en lisant tous les arguments avancés dans la campagne en faveur du M2: engorgement des voies routières d'accès à Lausanne (telles les autoroutes du Plateau suisse), colonne vertébrale qui irriguera un bassin d'emplois conséquent (comme l'axe Genève, Lausanne, Zurich, Saint-Gall), qui favorisera à Lausanne l'implantation d'entreprises internationales (pourquoi pas dans toute la Suisse?), dont le prix élevé est négligeable face au retour sur investissement (Swissmetro revendique en plus une originalité technologique unique, porteuse d'une multitude de retombées industrielles), et qu'importe la dette vaudoise colossale (proportionnellement, Swissmetro ne serait pas plus cher pour la Confédération) en regard de ce défi courageux! Ainsi donc, pour paraphraser le syndic de la capitale vaudoise qui ne fait pas dans la dentelle pour décrédibiliser l'adversaire, «seuls des raisonnements obtus à très court terme peuvent s'opposer»… à Swissmetro!

Vous admettrez le parallélisme patent des deux raisonnements mais malheureusement, et en bonne logique géométrique, ils ne se rejoindront sans doute jamais… A moins que les Vaudois refusent le M2. Dans ce cas, pourquoi pas la création d'un comité de promotion commun M2 et Swissmetro, avec un Bovy unique comme détracteur, un lobby politique rose-vert à Berne comme à Lausanne, des milieux économiques lancés à fond dans la bataille et, advienne que pourra de nos finances, un credo résolu pour des transports publics modernes, rapides, technologiquement avancés et porteurs d'image pour la recherche et l'industrie suisses?

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