Décidément, je vous écris beaucoup depuis ce mercredi 10 décembre qui vous fut fatal. La première fois, ce fut pour déplorer le manque de stratégie de votre parti au moment de renouveler le Conseil fédéral. Succomber à une manœuvre soigneusement élaborée, passe encore, mais à une telle absence de vision, c'en est presque humiliant! Aujourd'hui, je me permets encore une fois de vous importuner à cause de cette sombre histoire de retraite dorée qu'on vous reproche par avance de vouloir encaisser sur le dos du contribuable suisse qui, lui, sue sang et eau jusqu'à 65 ans pour ne toucher que quelques peanuts. Il fallait bien que cela aussi vous tombe dessus, alors même que cet état de fait dure depuis toujours à la Confédération, dans les cantons et dans les grandes communes du pays. Que ce soit un homme de votre bord qui vous ait ainsi crucifiée permettra désormais à la Suisse de revendiquer aux Français la droite la plus bête du monde!

Mais, passons sur la forme. Si vous faites les frais de ce débat, c'est parce que vous êtes jeune. Cette jeunesse dont on avait fait votre principale qualité au moment de votre élection, en lieu et place du discours habituel sur les capacités, le profil politique ou les convictions des nouveaux élus! Cette jeunesse si rafraîchissante, si bienvenue, si médiatique au moment de votre intronisation, a perdu tout son charme dès lors que, dans un accès subit de réalisme étriqué, le Blick zurichois fit le calcul de ce que vous pesiez, vous si mince et si gracieuse, en espèces sonnantes et trébuchantes, moyennant que Dieu vous prête vie jusqu'à cet âge malheureusement trop avancé que les femmes atteignent. Quelle inconséquence! Vous aurez admiré le silence assourdissant de tous ces retraités des exécutifs qui touchent actuellement ces mêmes substantielles retraites plus ou moins méritées. Plutôt que de voler à votre secours, ils se font tout petits pour que personne ne pense à les mentionner à titre de comparaison. Qu'il me démange de citer des noms de conseillers d'Etat ou de municipaux, tous jeunes encore, tous hommes aussi, et on ne peut plus à gauche, qui ne se sont pas empressés de trouver un emploi et vivent ainsi de leur passage éclair au pouvoir. S'ils avaient tant de valeur, ils auraient été réélus (ce qu'à Dieu ne plaise) ou auraient été capables de convaincre un employeur. Qui les dénonce?

Cela dit, de vous à moi, ce régime doit effectivement être transformé. Que diriez-vous d'une prime de départ (un ou deux ans de salaire par exemple) pour celui qui n'aurait pas atteint l'âge officiel, et une retraite pleine dès l'âge légal. Désormais que la politique n'est plus, comme à l'époque, un sacerdoce, c'est-à-dire une carrière de longue haleine dans laquelle on s'engageait à vie et dont l'apothéose était réservée aux seuls quinquagénaires, il convient de «séculariser» les rentes des élus. Mais, de grâce, pas de façon rétroactive et sans vous désigner, Madame, à la vindicte des foules comme si ces largesses vous étaient exclusivement réservées.

mh.miauton@bluewin.ch

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