Il n'est pas un jour sans qu'on nous annonce un débrayage de la fonction publique. Alors que les travailleurs du privé sont assez calmes et acceptent sans trop broncher les conséquences d'une conjoncture plutôt morose, les fonctionnaires discutent le bout de gras avec leur employeur public comme si leur sort en dépendait, c'est-à-dire comme s'ils ne pouvaient pas vivre décemment sans cette indexation au coût de la vie, ou sans cette augmentation de salaire, ou avec cette réduction du temps de travail rémunéré. La réalité est tout autre dans le privé où, sauf abus notoire, les employés sont conscients des difficultés de leur entreprise et s'en sentent solidaires. Dans la fonction publique, l'esprit de revendication, attisé par des syndicats belliqueux, est devenu tel qu'aucun argument ne porte. Ni les finances déplorables, ni l'endettement, ni la comparaison avantageuse avec le secteur public. La solidarité, les fonctionnaires en ont plein la bouche, mais pas un gramme dans le porte-monnaie!

Pourtant, la fonction publique est avantagée à tous les niveaux. La dernière statistique suisse sur les salaires (OFS 2003) prouve que ses traitements sont plus élevés, quel que soit le niveau des responsabilités assumées. La moitié des salariés du secteur public cantonal et de la confédération touchent 7500 fr. brut au moins, à peine 5500 fr. pour ceux du privé. On rétorquera que la structure de l'emploi n'est évidemment pas la même dans ces deux secteurs. Soit! Alors, comparons ce qui est comparable. Un homme travaillant au plus haut niveau de qualification dans le domaine santé/social touchera 7145 francs dans le privé, respectivement 8250 dans l'administration cantonale. Dans les deux secteurs, une femme touchera 1000 francs de moins qu'un homme, ce qui prouve que ceux qui font les lois ne les appliquent pas pour autant!

A tout cela, il faut ajouter que les prestations sociales offertes aux fonctionnaires sont également beaucoup plus avantageuses puisque la participation patronale à leur deuxième pilier est de deux tiers contre la moitié dans le privé! Quant au temps de travail, n'en parlons pas! L'Etat justifie toutes ces largesses par sa volonté d'être un employeur exemplaire. L'argument est trop facile sachant que les principes d'évaluation peinent à s'installer, les contrôles de qualité sont absents et que la réduction des coûts est toujours repoussée aux calendes grecques. L'Economie paierait peut-être mieux ses employés si l'Etat exigeait moins d'elle pour choyer les siens!

Mais rien n'y fait et les chefs de département n'osent pas la sévérité, trop craintifs de la force électorale représentée par les fonctionnaires et soucieux du blocage qu'une situation de crise ouverte pourrait créer dans leurs services. C'est ainsi que les nantis du pays descendent dans la rue alors que de bien plus pauvres qu'eux se serrent la ceinture sans se plaindre.

Très loin d'ici, au Brésil, le président Lula a décidé de dynamiser le pays… en osant s'attaquer aux privilèges de ses fonctionnaires et en réduisant leur retraite! Alors, les Suisses, pas honte?

mh.miauton@bluewin.ch

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