Le système fédéraliste prévaut en matière scolaire et universitaire en Suisse mais un discours récurrent prône un rattachement des universités à Berne, ainsi que de l'école obligatoire depuis le pétard mouillé des radicaux suisses récemment. Selon ses adeptes, cette centralisation des responsabilités aurait deux avantages. Tout d'abord, une harmonisation des structures administratives, des systèmes de gouvernance ainsi que des matières enseignées. D'autre part, une augmentation des ressources financières par le fait des économies d'échelle et surtout par la grâce de la manne fédérale!

Je trouve assez piquant que les mêmes qui ont de la concurrence plein la bouche, cette saine concurrence qu'il faut toujours privilégier car elle suscite dynamisme, créativité, baisse des coûts, et qu'elle fait inexorablement disparaître les structures obsolètes, que ceux-là même, donc, s'attaquent au fédéralisme qui est une stricte mise en concurrence. Ils oublient que la décentralisation ne donne pas que des mauvais résultats. La Finlande par exemple, qui compte 60% de diplômés et plaît en cela aux contempteurs du système suisse, cette Finlande toujours citée en référence pour son excellent enseignement, connaît une organisation décentralisée. Ce sont les municipalités qui décident, l'Etat contribuant à hauteur de 30% à 50% maximum au budget des écoles. Chaque établissement élabore son propre projet et cette liberté de choix semble constituer un facteur important de la motivation des professeurs.

Que les universités restent sous obédience cantonale ne veut pas dire pour autant qu'elles doivent se regarder en chiens de faïence et se priver de collaborations utiles. Au contraire, elles devraient se répartir les pôles d'excellence, au moins pour les futurs mastères. De grâce, n'accusons pas le fédéralisme d'empêcher la réalisation de ce programme, car c'est un faux procès.

L'argent manque, nous dit-on également. Mais où ne manque-t-il pas? Si les fonds sont indispensables pour les équipements et la recherche en sciences de l'ingénieur, c'est-à-dire aux EPF, cela ne devrait pas être le souci premier des universités plutôt vouées aux sciences humaines. Car ni la pensée originale et indépendante ni les précurseurs n'ont prioritairement besoin d'argent. Il leur faut plutôt un terreau fertile et l'Université doit être capable d'impulsions créatives et de liberté de pensée. Elle doit aborder sans œillères les questions centrales de notre temps, celles qui sont encore et toujours sans réponse. Elles doivent rapidement s'atteler à créer des enseignements dédiés aux questions inédites, des chaires nouvelles, des cycles d'enseignement rénovés. Peut-être en élaguant pour mieux faire fructifier? En sacrifiant des chaires pour en créer de nouvelles? En rompant avec l'immuabilité du corps professoral? Même la question du taux d'encadrement qui reste trop souvent inférieur aux normes fixées n'est pas prioritaire. Au choix, il vaut mieux un professeur qui a beaucoup de disciples qu'un professeur qui a beaucoup d'assistants! C'est une vision et du courage qu'il faut aux universités, les moyens financiers suivront s'ils ne peuvent précéder.

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