Le scrutin sur les cellules souches embryonnaires est ouvert. Jusqu'ici, le débat est aussi mince que les enjeux sont vastes. Les défenseurs de la loi, avec parmi eux des chrétiens engagés, avancent l'espoir pour les malades, les progrès de la médecine, les intérêts économiques de la Suisse dans la recherche génétique et le fait que la loi codifiera strictement les pratiques. A l'opposé, les référendaires condamnent l'instrumentalisation de la vie et quelques personnalités de gauche s'y rallient, oubliant au passage que la première atteinte à l'intangibilité de la création fut le droit d'avorter qu'ils ont si âprement défendu. C'est donc surtout en raison de leur lutte contre les OGM, le clonage et l'industrie pharmaceutique qu'ils daignent ce rapprochement contre nature.

Le problème, dans tout cela, c'est qu'il est bien difficile de refuser à l'embryon valeur de personne humaine. Alors, ils chipotent sur le nombre de jours à partir duquel la Chose peut prétendre au rang d'Homme, nombre qui fluctue selon ce qui les arrange et selon les thèmes abordés. Dans notre cas, l'interdiction de prélever des cellules souches sur un embryon prendra effet à partir du septième jour. Pourquoi sept plutôt que cinq ou huit, mystère? Ces arrangements sont pitoyables et il serait finalement plus respectable d'assumer clairement un discours cynique stipulant que nos intérêts priment sur tout, une fois pour toutes, que les interdits religieux relèvent de l'obscurantisme, que notre conscience n'est qu'un artifice de notre cerveau et que l'éthique, tant à la mode, peut être à géométrie variable…

La loi passera, bien entendu, et les embryons surnuméraires issus de la procréation assistée seront donc exploités. La science fera de nouvelles avancées pour soigner Alzheimer ou Parkinson, ces maladies dégénératives touchant essentiellement les vieillards qui, grâce aux cellules souches, renouvelleront leurs tissus déficients. Nous manquerons ainsi très vite d'embryons (dans le cas contraire, la loi n'aura pas été respectée) et il faudra trouver les moyens d'en obtenir plus, au nom des mêmes arguments qui, aujourd'hui déjà, ont acquis valeur de raison. Les discours actuels faisant miroiter la sécurité des procédures ne servent donc qu'à endormir les consciences et à leur faire baisser la garde.

La victoire de la matière sur l'esprit est désormais consommée. Il est admis que le corps est une machine complexe, assemblage de mécanique, de chimie et d'électronique fine, qu'il est légitime de réparer, d'entretenir, de bichonner à tout prix. Le marché des pièces de rechange va d'ailleurs bon train et la facture de la santé nous fait déjà rouspéter autant qu'autrefois celles de nos garagistes. Mais nous oublions, dans cette course effrénée contre la mort, que les robots n'ont pas d'âme et donc pas d'immortalité. Nous disparaîtrons demain à 120 ans plutôt qu'à 80 aujourd'hui, mais ce sera alors définitif. Plus de vie éternelle, plus de jugement ni de rédemption, plus de mystère, plus d'espérance! 120 ans d'existence sans signification, sans perspectives et sans valeur! 120 ans sous Prozac, le nouveau châtiment de Prométhée!

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