La moustache de M. Adalbert Durrer n'a fait qu'un tour. N'écoutant que son indignation, le président du PDC a écrit à son partenaire de l'Union démocratique du centre pour lui dire son fait. A Genève, devant son parti rassemblé en congrès, M. Ueli Maurer avait établi un lien entre les scandales judiciaires fribourgeois et tessinois et la prédominance ou, tout au moins, la forte influence démocrate-chrétienne dans ces deux cantons. Intolérable, inadmissible, détestable insinuation.

Imputer au seul PDC la responsabilité de l'ensemble des nauséabondes affaires qui mettent en vedette deux cantons tient, en effet, de l'exagération simplificatrice. On ne s'étonnera pas d'en trouver l'expression dans la bouche du président de l'UDC. L'aveuglement, l'indifférence quand ce n'est pas la complicité du milieu politique envers la criminalité économique internationale sont largement partagées entre les formations qui se disputent les suffrages de l'électorat bourgeois. Fascinés par le profit comme phalènes par la bougie, beaucoup ne veulent rien savoir des trafics qui gangrènent les flux financiers et l'échange des biens et des services. Sourds aux avertissements, ils ont délégué la sale besogne à la justice. Un brin de Montesquieu impressionnant immanquablement le péquin, ils se sont cachés derrière la séparation des pouvoirs. Ils n'aiment pas qu'on leur rappelle qu'ils ont fui leurs responsabilités politiques quand ils étaient appelés à examiner le fonctionnement des instances d'instruction et des forces de police et de leur accorder les crédits suffisants pour remplir des tâches nouvelles. Ils n'ont pas été trop regardants sur le recrutement, préférant une étiquette partisane bien affichée à des compétences aiguisées.

Veiller à ce que des cantons peu favorisés soient le moins possible dans le wagon de queue des statistiques économiques est certes un devoir impérieux pour les politiciens de Fribourg et du Tessin. Fournir sur place du travail à celles et ceux qui sont tentés d'émigrer à Zurich ou ailleurs pour gagner leur croûte est une honorable préoccupation. Si M. Ueli Maurer, qui prétend contre toute évidence défendre les petits et les faibles contre les puissants, s'avisait de cela, il s'épargnerait la lecture des furieux messages de M. Durrer. Celui-ci, en revanche, modérerait à bon escient ses saintes colères s'il prenait conscience des conditions nécessaires à un développement économique harmonieux et sain. Elle est fragile et illusoire la croissance fondée sur la contrebande, le blanchiment de l'argent crasseux et la tolérance à l'endroit des mafieux de tous azimuts. Pour être solide et durable, il est préférable qu'elle repose sur les bases qui ne soient pas pourries. Force est de constater que, depuis l'affaire du Crédit Suisse à Chiasso, le Tessin s'est trop fréquemment illustré comme tête de pont de ce que l'Italie a de moins présentable. Et que, pour être discret, le canton de Fribourg n'en a pas moins été souvent éclaboussé par son laxisme.

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