Choisir Davos pour défourailler sur le secret bancaire: original, n'est-ce pas? Autant aller à La Mecque proclamer que la Kaaba n'est qu'un caillou ordinaire?

Jacques Chirac n'a pas jugé utile d'affronter physiquement un public qu'il allait froisser. Sa parole est tombée d'un écran, péniblement souveraine, échappant à la controverse, se dérobant aux questions. Le président de la République française aurait voulu faire un coup qu'il ne s'y serait pas pris autrement. Un petit tour et puis s'en va…

Seulement, sur ce sujet-là, le gratin qui fait son show dans la froidure alpine en a entendu beaucoup et de plus sérieuses. Autant dire, à la façon de, que «cela lui en a touché une sans faire bouger l'autre». Non que l'institution critiquée soit à l'abri de tout reproche, qu'elle ne prête pas le flanc au soupçon par l'abus qui peut en être fait. Sa sacralisation outrancière a transformé en fin un moyen. Pas plus que la neutralité n'est un crime, le secret bancaire n'est, en soi, un délit. Tout tient à l'usage qui en est fait, aux modalités de son application. Dans ce domaine, les mesures adoptées sous contrainte au cours des dernières années tendent à en améliorer la pratique bien que les contrôles restent lacunaires, faute de personnes compétentes et d'argent en suffisance. La cheffe de la brigade financière du canton de Fribourg livrait récemment à La Liberté une interview hautement instructive d'où il ressortait que sa police était mieux dotée pour taquiner le menu fretin que pour la pêche au gros.

Les habitués de la station grisonne lisant plus volontiers le Financial Times que Le Canard enchaîné, le florilège des variations chiraquiennes, publié mercredi dernier par l'hebdomadaire français, a sans doute échappé à leur très anglo-saxonne attention. La volte-face comme constante d'une carrière politique de quarante cahotantes années. Durée du mandat présidentiel; élargissement de l'Europe à la Turquie; vache folle ou peine de mort: tout a été dit, et son contraire.

Il n'y aurait donc pas lieu de se fâcher avec un voisin réputé pour sa versatilité et, par ailleurs, attaché au maintien à Genève d'un frêle pôle francophone des Nations unies. D'autant que la rudesse du propos public contraste avec une connaissance intime des itinéraires financiers allant de Paris vers certaines capitales africaines. Au besoin, Jacques Chirac dispose de l'expérience d'un ancien ambassadeur de France à Berne, maintenant conseiller élyséen pour les affaires du continent noir.

L'Afrique mérite mieux que des querelles de riches. Elle n'est pas insensible à l'intérêt et aux tracas qu'elle suscite soudainement dans des cercles qui l'ont longtemps exploitée en l'ignorant. S'il est à l'origine de ce bienfait collatéral, l'élan né du tsunami sud-asiatique ne dispense pas d'une réflexion allant au-delà des vidéo-gesticulations ou de la collecte pour l'achat de moustiquaires. Les crêpages de chignon entre dames de charité n'ont jamais fait avancer le schmilblick.

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