Le Conseil fédéral et le Parlement peuvent se réjouir. Leurs prises de position sur les objets soumis au verdict populaire ont été suivies. Récemment, on s'est demandé si leur crédibilité politique et la confiance populaire envers eux n'était pas entamée. Eh bien, cela dépend sans doute des sujets. Mais, ici, l'enjeu était d'importance et il a été compris.

La Suisse a cette particularité d'avoir un régime financier provisoire. Autrement dit, les deux grands impôts fédéraux, le direct et l'indirect, représentant quelque 60% des recettes fiscales, doivent être périodiquement autorisés par le peuple et les cantons. Cela peut sembler anachronique. Le Conseil fédéral aurait bien voulu d'une consécration définitive, écartée au Parlement. Cette fois-ci, l'autorisation vaut jusqu'en 2020. C'est très bien ainsi. Les taux maximaux sont inscrits. Des manipulations fiscales, courantes à l'étranger, sont réduites d'autant. L'appel à la discipline fiscale, contenue dans un frein constitutionnel à l'endettement voulu par le peuple, oblige donc à une meilleure maîtrise des dépenses.

Il n'y avait pas consensus politique sur le projet de nouvelle péréquation financière. Il ne s'agissait pourtant que de mettre un peu d'ordre dans les répartitions de compétences et de charges entre cantons et Confédération. Toutefois, cette mise en ordre peut s'inscrire dans un examen plus serré des dépenses publiques. C'est ainsi que la gauche et des associations concernées se sont élevées contre une compétence désormais exclusive des cantons pour l'aide aux handicapés. Dans ce domaine sensible, comme ailleurs, beaucoup escomptaient du cumul des responsabilités, fédérale et cantonales, un surcroît d'engagement étatique. D'une manière générale, c'est aussi un appel à une meilleure prise de leurs responsabilités par les cantons; dans l'acceptation également d'une possible diversité conforme à un régime fédéraliste.

Cette remise en ordre pourrait aider à combattre une évolution pernicieuse pour ce fédéralisme: celle qui voit l'administration fédérale imposer des normes aux cantons ou à l'économie privée sans se soucier d'une réalité de proximité. Il a fallu une véritable fronde politique pour casser une injonction stupide sur les certificats de salaire. La lutte contre le pouvoir et la rigidité bureaucratiques, contre les centralisations inutiles et inopportunes doit être constante.

Enfin, le Conseil fédéral, le Parlement et surtout les milieux de la recherche ont convaincu les Suisses que les cris d'effroi et les distillations de méfiance à propos d'une loi sur les cellules souches n'avaient pas lieu d'être. Le peuple a voulu l'ouverture à une recherche fondamentale porteuse d'espoirs, avec des garanties et des précautions légales appropriées. Il a écarté l'invitation à une interdiction d'utiliser les cellules d'embryons à ces fins de recherche; des embryons résultant d'actes de fécondation médicalement assistée et qui étaient, de toute façon, destinés à la destruction. Cela donnait un manque de crédibilité à une opposition se réclamant de l'éthique. Et puis, le risque d'engrenage vers un inacceptable n'existe pas. Avoir confiance dans notre démocratie, c'est savoir et dire que chaque pas important doit être voulu par le peuple. Il faut le répéter à chaque votation, face aux oiseaux de mauvais augure qui, au fond, se réclament sans cesse de notre démocratie mais n'ont pas confiance en elle.

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