Porteur de lanterne, le jeudi, à la procession de la Fête-Dieu de Fribourg, Pascal Couchepin a fait, le lendemain, un passage éclair au confessionnal de l'information fédérale. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, il s'est acquitté du pensum imposé par sa charge présidentielle. Invoquant la loi fondamentale et les prophètes de l'Agence internationale de l'énergie atomique, il a livré une mouture politiquement apprêtée d'une réalité qui semble l'être beaucoup moins.

A la suite d'un séjour à Washington de Christoph Blocher, alors chef du Département de justice et police, le Conseil fédéral a fait jeter au broyeur et, par conséquent, a soustrait à une enquête pénale une partie d'un dossier. Selon les révélations de confrères investigateurs, cette destruction de pièces indispensables résulte de pressions exercées par les Etats-Unis. Le rôle ambigu de ce pays et les machinations de la CIA dans l'accession du Pakistan à l'armement nucléaire y apparaîtraient sous leur vrai jour.

Celui qui se dit allergique au sucre n'aime pas être surpris les doigts dans le pot de confiture. La photographie des chaleureuses poignées de main entre le fondateur de l'Action pour une Suisse indépendante et neutre et l'Attorney General Alberto Gonzales, de sulfureuse mémoire, ne manquait pas de piquant. Les mauvais esprits s'interrogeaient en effet sur les motifs des fréquentes visites dans la capitale américaine d'un patriotard enflammé mais nullement indigné par les survols de la Confédération et les escales sur ses aéroports d'avions affrétés par la CIA pour sous-traiter les tortures infligées à de présumés terroristes.

Le mutisme du Conseil fédéral face à ces violations de l'indépendance et de la neutralité helvétiques intriguait. La raison de cette complaisance, le philosophe et essayiste allemand Peter Sloterdijk la voit dans un déphasage par rapport aux changements intervenus depuis 2003: «Le monde a été tributaire, pendant des années, du rêve américain. Il ne l'est plus. Voilà le problème.» A elles seules, les relations économiques et financières n'expliquent pas la crainte de déplaire en quoi que ce soit aux Etasuniens. Les racines de cette obséquiosité sont de l'ordre de l'idéal et de la passion. Elles plongent dans l'attachement à la démocratie et l'admiration pour les soldats libérateurs. Les temps ont changé, et beaucoup ne sont pas prêts à en convenir.

Il faut quand même reconnaître que la révélation des bonnes manières naguère faites à la CIA tombe à un moment idoine. Préoccupé par le comportement des autorités américaines à l'endroit de représentants de banques suisses en délicatesse avec des dispositions légales sur l'évasion fiscale, Berne a prié son ambassadeur à Washington d'intervenir auprès du Ministère de la justice. Sitôt dit, sitôt fait, le diplomate s'est empressé de rappeler à ses interlocuteurs la traditionnelle excellence des rapports juridiques entre les deux pays. Au royaume du mot deal, est-il besoin d'être plus précis?

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