Il a du pain sur la planche le candidat, jusqu'ici unique, à la présidence du Parti socialiste. Ses camarades redoutent ce que ses adversaires lui reconnaissent, une forte personnalité. Sauf imprévu, Christian Levrat prendra la tête d'une formation dont la rose est flétrie mais les épines intactes. Il lui faudra l'art d'un horticulteur pour rempoter des fleurs allant du plus vif au plus pâle des rouges.

Les socialistes l'admettent difficilement, ils suivent la même pente que les radicaux au temps de leur grandeur. Ils ont, insensiblement, glissé au centre. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, ils ont, non sans déchirements internes, viré leur cuti. Ralliés à la défense nationale, partisans des accords de paix du travail, ils ont, pas à pas, gravi les marches du pouvoir. Même aux plus belles années de la concordance, une fièvre récurrente les saisit. Ils s'offrent le happening du retour dans l'opposition. Ils font alors le calcul de ce qu'ils perdraient à jouer cette carte dans un pays où il faut être dans le système pour peser sur les décisions. La conclusion s'impose: ils restent au pied de l'arbre à palabres. Le bien commun en bénéficie. Ce fut le cas quand des hommes de la trempe de Hans-Peter Tschudi et Willi Ritschard siégèrent au Conseil fédéral. Tempi passati!

Attachés par mille cordeaux au char de l'Etat, les sociaux-démocrates ne sont pas près d'écouter ceux de leurs camarades qui préconisent un séjour sur l'Aventin en cas de réélection de Christoph Blocher au Conseil fédéral. Pas trace de ce discours dans les propos tenus par le candidat président. Mais, en revanche, une volonté affichée de reconquérir une classe ouvrière que sa proximité quotidienne avec la main-d'œuvre étrangère a sensibilisée aux slogans xénophobes du populisme. D'où un plein carquois de flèches contre les «bobos» des métropoles, qui jaspinent social dans leurs lofts. Ceux-là, pour le syndicaliste Levrat, sont la plaie du PS. Il les tient pour partiellement responsables des échecs électoraux du 21 octobre, en Suisse alémanique particulièrement. Il n'empêche qu'ils sont les témoins du malaise, général en Europe, de la social-démocratie. C'est contre eux que le nouveau président du SPD a obtenu le retrait du vice-chancelier allemand Müntefering, pris entre deux feux. C'est par eux que le PS français ressemble aujourd'hui à un collier tombé au sol et dont les perles éparpillées roulent sous les meubles. Ce serait légèreté de sous-évaluer et leur capacité de nuisance et leur apport intellectuel. Ils font, en effet, partie d'un centre gauche drainant un paquet de ses électeurs dans la classe moyenne d'origine populaire. Maltraités, ils n'hésiteraient pas à gagner les verts rivages de l'écologie.

Mal nécessaire pour les uns; force souhaitable pour les autres, un PS purgé de ses querelles intestines est dans l'intérêt général de la démocratie à l'heure où une palanquée de citoyens envoûtés, mus par une vaine peur, se jette dans les bras du national-populisme.

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