Cette fois, la menace vient de l'extérieur. Le secret bancaire helvétique refera recette ces prochains mois sur la scène internationale. Il avait quitté les feux de la rampe depuis quelques années, diverses mesures ayant été prises et appliquées pour redorer son blason.

Sur le plan interne, les résultats de la votation du 20 mai 1984 avaient refroidi l'ardeur de ses adversaires. L'initiative populaire «contre l'abus du secret bancaire et de la puissance des banques» avait été blackboulée. Les trois quarts des 42,5% de votants avaient dit non. En revanche, les plus fervents fidèles de ce tabernacle de l'argent se font fort d'en inscrire le principe dans la Constitution fédérale. Des initiatives cantonales en ce sens, relayées par l'UDC, divisent les parlementaires. Les uns y voient un inexpugnable rempart contre de malveillantes visées en provenance de Bruxelles; d'autres donnent la préférence à la loi, instrument plus souple et mieux adapté à une défense pragmatique de la place financière suisse. La détérioration de l'image des deux plus importants établissements bancaires du pays n'encourage présentement guère les politiciens à graver en lettres d'or dans le granit des droits fondamentaux un principe indiscuté et sa pratique controversée.

La raison voudrait qu'associations professionnelles et administration fédérale élaborent en commun une ligne de conduite face à la pression qui va croissante. Fondamentalement, il s'agit de distinguer l'essentiel de l'accessoire. L'essentiel c'est évidemment la protection de la sphère privée. Sauf cas de procédures judiciaires justifiant un examen des comptes bancaires et postaux d'un individu, la plus rigoureuse des discrétions s'impose quant à l'usage fait par tout un chacun de ses écus. Un relevé de compte en dit davantage qu'une fiche de police sur les relations, les goûts, les placements et déplacements de Monsieur ou Madame Tartempion. D'essence libérale, l'Union européenne ne pourra qu'en convenir: sur ce point-là, il y a convergence des conceptions philosophiques.

L'accessoire - mais ô combien pesant - ce sont les vues divergentes sur la notion d'évasion et de fraude fiscales. Pratiquée sur une large échelle par de riches contribuables, la désertion devant l'impôt corrode les fondements de l'Etat fondé sur le droit. L'état des finances publiques de certains Etats, les aléas d'une conjoncture sujette aux incertitudes, la libre circulation des capitaux, tout milite en faveur d'une refonte profonde de la directive européenne sur la fiscalité de l'épargne. A terme, défendre obstinément une vision passéiste du secret bancaire deviendra une position intenable

La négociation entre Bruxelles et Berne n'aura rien d'une allée bordée de roses. Le chemin sera, au contraire, «montant, sablonneux, malaisé». Manifestement, l'Union européenne n'est pas monolithique à ce sujet. Elle sera à la peine pour souder sa cohésion. La Suisse aura à déjouer chez elle les tours d'une alliance des extrêmes, de droite comme de gauche.

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