Avant de me faire lyncher, je tiens à préciser que je ne tue ni les guêpes égarées dans mon verre de vin (elles adorent le bordeaux), ni les fourmis envahissantes sur le bord de mes fenêtres, ni même les perce-oreilles en surnombre ces derniers étés sur ma véranda. Si ma sollicitude est telle envers les insectes, vous imaginez qu'elle s'étend évidemment aux animaux à poils et à plumes que je me régale à observer durant des heures à la jumelle! Ceci posé, oserais-je critiquer la nouvelle loi sur les animaux de compagnie?

En effet, le législateur émet toute une série de nouvelles règles parce que les animaux ne sont pas destinés à vivre en captivité. Soit. Mais alors, pourquoi ne pas en interdire purement et simplement la détention? Si la beauté des poissons multicolores évoluant dans leur aquarium, la vivacité et l'intelligence d'un rat ou l'étrange torpeur d'un serpent ne sont pas jugées utiles à l'édification du genre humain, alors osons les interdire au lieu de multiplier lois et règlements. Restera alors à ceux qui aiment vraiment les bêtes le plaisir de s'aventurer dans la nature pour aller les observer «pour de vrai».

Mais voilà, il se trouve que le peuple n'aime pas les interdits et que le législateur, lui, adore les lois. La cigarette est en vente libre et alimente notre AVS, mais on multiplie les interdictions de fumer. Les 4x4 paradent aux devantures des concessionnaires, mais on votera pour en limiter l'usage. Les animaleries prolifèrent dans un monde toujours plus citadin, donc coupé de la nature, mais on légifère sur le nombre de cochons d'Inde à mettre dans la même cage ou sur la meilleure façon d'euthanasier un poisson...

Il en résulte pour les bestioles hautement évoluées que nous sommes quantité d'entraves qui finissent par nous ligoter plus étroitement que des animaux. Et de cela, nul ne nous protège alors même que nous étouffons. Sans oublier que loi veut dire contrôle. Dans chaque canton, un service spécialisé dans la protection des animaux devra être mis sur pied et un rapport publié régulièrement, ces nouvelles tâches impliquant évidemment pour les cantons la mise à disposition de ressources supplémentaires. Et c'est reparti!

Les animaux comptent des milliers d'adeptes prêts à signer une initiative ou à applaudir l'introduction de nouvelles contraintes. Mais d'autres, tout aussi nombreux, s'insurgent de devoir suivre des cours pour adopter un chihuahua par exemple, alors qu'il s'agissait au départ de contrôler les chiens dangereux! La disproportion entre les maux et les remèdes s'accentue dans un monde où l'Etat, suscité par des lobbies toujours plus actifs, perd la vue d'ensemble.

Pour convaincre le peuple, on invoque toujours les grands principes d'une part et le comportement de quelques tarés d'autre part. C'est ainsi que, finalement, on accable des milliers de propriétaires qui chouchoutent leurs animaux mieux que parfois leur progéniture. Coluche n'affirmait-il pas que les Français faisaient des enfants parce qu'ils ne pouvaient pas faire des chiens!

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