Au moins, le coup d'éclat de Ségolène Royal aura le mérite de tuer un cliché: mettre la priorité sur la sécurité serait un réflexe de la droite. Le discours de gauche tend, en effet, à privilégier la prévention, la réinsertion et à dénoncer toute politique jugée trop sécuritaire, tout risque de militariser la société. Et voici qu'une présidentiable dit sans complexe que l'insécurité est la plus grave dans les rues et les écoles des quartiers populaires et que la gauche doit cesser de se contorsionner dans une fausse bonne conscience.

En Suisse, la discussion commence sur un projet de révision légale tendant à donner plus de latitude à la police fédérale pour surveiller, par écoutes et autres moyens, des cercles ou des individus potentiellement dangereux. Actuellement, il faut une autorisation d'une autorité judiciaire. Certes, il ne saurait être question de revenir à la pratique générale des fiches, dont la révélation avait fait scandale à la fin des années quatre-vingt. Mais l'augmentation indiscutable des menaces, en termes de terrorisme et de violence préméditée, commande une protection accrue; donc une augmentation des mesures de précaution et de détection. La condition demeure, bien sûr, qu'un contrôle extérieur régulier de l'action policière soit organisé et qu'aucune fiche injustifiée ne subsiste dans un tiroir.

Un domaine dont il faut reconnaître, mais sans démagogie, le rapport avec la sécurité est celui de l'asile et de l'immigration illégale. Observons, en France, le résultat des énormes ghettos qui se sont constitués naturellement et rendent quelque peu dérisoires les grands discours sur l'intégration. Bien sûr, il y a l'exigence humanitaire ou, pour mieux dire, humaine. Mais, dans une analyse d'ensemble du problème et de ses conséquences, comment ne pas admettre une justification à parler d'immigration choisie plutôt que subie? En Suisse, les lois révisées sur l'asile et les étrangers font l'objet de deux référendums, que n'appuient pas que des gens de gauche. On a envie d'applaudir ces opposants au nom des valeurs. Mais ne voient-ils pas que ces lois révisées peuvent avoir un effet dissuasif nécessaire; tout en laissant aux cantons une marge d'appréciation reconnue sur les cas individuels; et en prévoyant des mesures d'intégration pour les immigrés acceptés. Or, n'est-ce pas une intégration, encore possible en Suisse, qu'il importe de privilégier?

Les sujets évoqués ci-dessus sont liés. Ils ont notamment un point commun: celui de concerner surtout des jeunes qu'il faut aider, pour eux et pour tous, à devenir des forces vives, positives de nos sociétés; et non pas des éléments de plus en plus nombreux d'insécurité et de déstabilisation. A tous égards, l'heure n'est pas au retour à l'autoritarisme primaire, mais au retour d'une autorité ferme et responsable, indiquant les repères, traçant les limites, osant les sanctions et, par là même, ouvrant les portes de l'encore possible et maîtrisable au partage démocratique.

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