L'UDC a le droit d'avoir ses idées sur la politique de sécurité. Toutefois, on a aussi le droit de considérer que ces idées relèvent bien davantage d'une crispation patriotique sur des schémas dépassés que sur une analyse réaliste des menaces, selon leur actualité, et des missions qui en découlent pour renforcer notre sécurité.

Il y a quelques années, le conseiller fédéral Adolf Ogi avait constitué une commission de réflexion présidée par l'ancien secrétaire d'Etat Edouard Brunner. Elle était chargée de réfléchir aux paramètres susceptibles de déterminer une politique de sécurité crédible. Malgré une composition très large, avec des membres aux points de vue a priori très différents, elle parvint à présenter un rapport assez structuré, lequel inspira en partie le rapport du Conseil fédéral sur la sécurité. L'événement fut que ce rapport Brunner pourtant nullement insipide, fut signé par tous les membres de la commission sauf un: Christoph Blocher. Il avait au moins le mérite de la franchise et de la constance. L'UDC allait progressivement monter en puissance de refus; jusqu'à la prise de position de samedi dernier, devant un Samuel Schmid visiblement consterné.

Que la réforme en cours de l'armée ait des défauts, c'est probable. Mais on ne peut combler le fossé quant à l'analyse politique, et accessoirement financière de la situation. L'histoire est pleine d'exemples de stratégies dépassées. En 1914, un Pétain, réaliste, était presque seul à prévoir un enlisement défensif inévitable dans les tranchées, au vu de l'équilibre des forces et des armes en présence. En 1940, de Gaulle était presque seul à dire que la ligne Maginot ne servirait à rien et qu'il fallait se préparer à une guerre de mouvement avec des divisions de chars. Aujourd'hui, la concordance des indications et des faits rend plus évidente une analyse réaliste des menaces, des connexions terroristes et des coopérations nécessaires: dans les domaines de la prévention et de la stabilisation de régions en crise; ainsi que pour la répression policière et la protection de cibles vulnérables dans notre pays.

Cela n'élimine pas une exigence: celle de maintenir une préparation à la défense classique du territoire, soit un cœur de compétence militaire, de formation et d'armements suffisants: dispositif pouvant monter en puissance si des menaces de cet ordre se faisaient jour. Mais il est réaliste de prévoir, là, un effort plus concentré, allégé en effectifs. Comme il est réaliste d'envisager la collaboration dans les actions pour la paix, au Kosovo, en Bosnie, ailleurs éventuellement. N'est-ce pas le meilleur moyen d'éviter l'afflux de réfugiés qui, légitimement, inquiète l'UDC?

Quant à la politique de neutralité, quelle erreur de vouloir l'encercler dans un dogme. Sous le conseiller fédéral UDC Fritz Wahlen (un homme entré dans l'histoire suisse), le jurisconsulte du Conseil fédéral, le professeur Bindschedler, qui n'avait rien du joyeux luron iconoclaste, répétait avec force: la politique de neutralité est ce que nous voulons qu'elle soit dans l'intérêt du pays. Eh bien, en toute lucidité patriotique, une bonne politique de sécurité, portée par l'esprit de la neutralité, est celle que défend le Conseil fédéral, la majorité du parlement et Samuel Schmid. Il faut la défendre avec conviction et détermination.

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