L'autosatisfaction diplomatique a passé de mode. On en a entendu au cours des ans de ces platitudes servies sur le tarmac par des conseillers fédéraux ravis et des chefs de délégation comblés! C'était à croire que le monde n'était là que pour abonder dans le sens des diplomates et voyageurs de commerce helvétiques. Chacun, partout, avait d'entrée de cause compris et partagé le point de vue de Berne. Passée cette ondée d'euphémismes, les plus curieux des journalistes apprenaient que la partie avait été rude, que la Suisse avait été contrainte d'aller loin dans les concessions ou, au pire, que les valises étaient vides au retour.

Cette fois, rien de ceci. L'Union européenne a sans façon envoyé dinguer le préalable que Berne entendait placer au seuil de la négociation sur la fraude douanière à large échelle dont la Suisse est une des plaques tournantes. Sans fioritures, les Européens, tel César, ont renvoyé les Helvètes dans leur village en les invitant à plus de réalisme. La forfanterie tant de fois affichée ne peut rien contre les faits. Treize Etats membres de l'UE n'ont pas encore ratifié les accords bilatéraux. Bruxelles tient le couteau par le manche.

C'est le moment que choisissent le Conseil fédéral et deux partis de la majorité bourgeoise pour préconiser le non à une initiative dite «des jeunes». Croit-on qu'une telle attitude passe inaperçue chez les Quinze, qu'elle n'y fasse pas l'objet d'analyses, que l'on n'en tire pas des conclusions? Une fois encore, y dit-on, la Confédération suisse essaie de jouer la montre, d'invoquer son «cas particulier» et de tirer profit des avantages européens sans en subir les inconvénients. Il y a de l'agacement dans l'air et d'autant plus que le climat au sein de l'UE se prête opportunément à la chasse au bouc émissaire. Que l'on ne s'y trompe pas! Le refus du «Oui à l'Europe» est souvent pris au pied de la lettre dans les capitales européennes et non pas interprété comme une fine manœuvre d'un gouvernement coincé entre ses vœux et l'idée qu'il se fait de son opinion publique. Les clins d'œil à usage interne ne sont pas perçus comme tels chez des partenaires lassés des tergiversations de la Suisse.

Le Conseil fédéral a donc besoin d'aide dans ces moments difficiles. Et rien ne lui rendrait de meilleur service qu'une forte proportion de oui le premier dimanche de Carême, le 4 mars prochain. L'initiative, considérée comme une entrave dans la longue randonnée vers une adhésion, devient, au contraire, une utile démonstration de dispositions favorables. Les résultats de la votation donneraient du poids aux protestations de bonne volonté des diplomates suisses se heurtant au mur du refus de leurs partenaires européens. Ceux-ci apprécieraient sans doute de constater que le but placé à long terme par le gouvernement fédéral a non seulement une assise populaire mais que s'y ajoute une certaine impatience. Ils pourraient en déduire qu'un peu de miel dans le vinaigre serait de nature à attirer la mouche des Alpes.

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