La gauche s'emploie depuis des lustres à dénoncer les conditions de travail faites aux «travailleurs» et les incite constamment à la révolte et à la revendication sociale. Ce cheval de bataille permet évidemment de dénoncer les patrons, toujours présentés sous l'angle le plus défavorable (exploiteurs, avides, méprisants…) et donc de nuire à la droite, puisque très longtemps les deux étaient synonymes.

Dans l'affaire de mobbing qui vient de défrayer la chronique, la gauche au pouvoir à Lausanne ressemble fort à l'arroseur arrosé. Tout le discours qu'elle utilise surabondamment à l'égard de l'économie libérale et de ses dirigeants se retourne contre elle. Le propre chef des Services sociaux, socialiste de la plus belle eau, plébiscité comme tel à chaque élection, se retrouve accusé et condamné pour mobbing avéré sur la personne de son adjointe à la Direction de la sécurité sociale, cela au point que la commune déboursera 800 000 francs d'indemnisations, intérêts et dépens! Si le harcèlement fut à la mesure de la somme allouée, il n'y est pas allé avec le dos de la cuillère, notre brave municipal et conseiller national à l'époque. Dans le cadre de la commission fédérale des institutions politiques, il se vantait pourtant de ses nombreux amendements en faveur du respect des personnes, de la défense des droits de l'homme et du droit humanitaire. Comme quoi, il y a parfois loin de la coupe aux lèvres.

La mode est au mobbing comme au harcèlement, sexuel ou psychologique. Par mode, je veux dire qu'un discours excessif a métamorphosé des cas isolés en phénomènes récurrents. Les définitions sont tellement larges que les études sociologiques aboutissent à des incidences démesurées, que l'observateur objectif des relations de travail ne perçoit pas comme telles. Il résulte de cette pression idéologique que des conflits entre personnes prennent parfois un tour juridique qu'ils ne méritent pas. Il serait étrange qu'il y ait toujours innocence totale chez les uns et culpabilité accablante chez les autres. Comme la plupart du temps dans les relations humaines, les fautes sont sans doute partagées car il y a des droits et des devoirs aussi bien pour l'employeur que pour l'employé. En regard d'une poignée de cas légitimes et malheureux, qu'il faut évidemment punir, on devine beaucoup de frustrations et de fragilité chez le plaignant, tout autant de maladresses et d'incompétences relationnelles chez l'accusé, mais rien qui doive véritablement se résoudre par un procès. Pourtant, une fois la machine juridique en route, il faut bien qu'il y ait un gagnant, coûte que coûte, à grand renfort d'expertises médicales et légales.

Nota bene: interviewé à l'occasion du dénouement coûteux de cette affaire, le syndic de Lausanne mit le doigt sur un aspect qui, évidemment, ne fut pas relevé à sa juste valeur. Il mentionna que la somme exorbitante exigée par la justice avait été calculée sur la base du règlement sur le personnel communal et non de la loi sur le travail, ce qu'il regrettait car la facture n'aurait alors été que d'un tiers du montant. Voilà, de source on ne peut mieux informée, l'aveu des avantages exagérés consentis aux fonctionnaires. J'aurais bien ri de cette leçon à 800 000 francs si je n'étais citoyenne et contribuable lausannoise!

mh.miauton@bluewin.ch

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