Il y a les principes, les logiques imparables, donc les cohérences à en déduire. Mais il y a aussi une application à leur donner, dans un esprit de finesse plutôt que de géométrie. Cette réflexion s'imposait lors du débat sur la politique économique extérieure de la Suisse, la semaine dernière au Conseil national; très particulièrement à propos des chapitres traitant de la coopération au développement. Le jour même du débat paraissait, dans ce journal, une page dans laquelle Walter Füst, le directeur de la Direction de la coopération et du développement, s'exprimait sur le sujet.

On le sait: à gauche, chez les Verts et ailleurs, la mondialisation économique comme telle est vivement critiquée. Elle accentuerait les inégalités entre pays riches et pauvres. Elle ferait le jeu des grandes multinationales. Les organisations internationales spécialisées, tels le FMI et la Banque mondiale, ne seraient que des instruments de ces déséquilibres intolérables.

Cette utopie d'un monde sans mondialisation, dans une idée de plus grande justice, n'épouse ni la réalité mouvante des situations ni les espoirs de développement chez les plus démunis. Pour un pays comme la Suisse, la coopération au développement répond, bien sûr, à des exigences de justice, de solidarité; et aussi de sécurité. Un tiers monde moins pauvre, c'est moins de pression migratoire, par exemple; avec tous les problèmes que l'on sait. Il y a aussi l'intérêt économique bien compris de notre pays à voir de nouveaux partenaires économiques stimuler nos échanges.

Nous prisons l'aide technique et financière bilatérale. Elle représente à peu près les deux tiers de notre engagement public. C'est évidemment très important. Mais il y a aussi notre participation à l'aide multilatérale, à travers les multiples canaux destinés à cet effet. En comparaison internationale, la Suisse n'est-elle pas trop pingre? Elle devrait faire davantage. Toutefois, les comparaisons statistiques sont trompeuses. Certains pays placent dans la rubrique aide ce que nous n'y mettons pas.

Encore une fois, le but est de contribuer à inclure de nouveaux partenaires dans le jeu d'un libéralisme économique à l'échelon mondial; seul chemin vers une prospérité partagée.

Nombre de pays émergents, comme on dit, voire désormais tout à fait développés ont suivi ce cheminement. D'autres, c'est vrai, pour diverses raisons, n'en ont pas eu la capacité ou la possibilité. Il est vrai également que les conditions mises à l'aide par le FMI et la Banque mondiale ont été, parfois, trop dures, trop doctrinaires, trop déconnectées des réalités sociales et politiques dans certains pays. S'il faut demeurer ferme sur la logique libérale, exercer des pressions pour obtenir une saine gestion, une bonne gouvernance dans les pays aidés, il est nécessaire d'avoir une approche plus pragmatique, plus diversifiée. A cette correction d'approche, la Suisse, précisément dans sa culture à la fois libérale et pragmatique, peut et doit concourir.

Enfin, avec Walter Füst, on peut critiquer le foisonnement des organismes internationaux qui conduisent la coopération au développement. Il faudrait, sinon des regroupements, tout au moins des mécanismes de coordination afin que se dégagent, bien et simultanément, une stratégie d'ensemble et une pratique affinée, prenant en compte la diversité des situations, des cheminements et des rythmes possibles. C'est dans ce sens que la Suisse, à l'ONU et ailleurs, peut s'engager.

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