Après que les résultats des votations fédérales sur la naturalisation furent tombés, le 26 septembre dernier, la plupart des commentaires journalistiques furent très critiques. C'était aussi l'expression d'un étonnement et d'une déception. Evidemment, il fut beaucoup question du clivage entre Suisse romande et Suisse alémanique, tel qu'il était apparu déjà quelquefois. Un clivage trop net entre les deux grandes régions linguistiques de la Suisse est toujours préoccupant. Ce fut donc rassurant de constater que les villes alémaniques les plus connues, telles Zurich, Berne, Lucerne ont voté oui aux projets visant à faciliter la naturalisation. Certes, elles n'ont pas entraîné leurs cantons respectifs, comme en Suisse romande; mais cela atténue néanmoins l'impression d'un pays coupé en deux. Il vaut la peine de s'arrêter un instant sur le fait.

Toute l'histoire suisse est marquée par une tension entre villes et campagnes. Ce sont les cantons ruraux qui ont donné le coup d'envoi au développement de la Confédération. Nous en sommes assez fiers. C'est la mémoire collective où puise notre patriotisme. Ne soyons donc pas ingrats par irritation. Ce sont les cantons villes qui ont permis la création de l'Etat fédéral et qui ont, du même coup, sauvé la Confédération. Les uns n'ont jamais existé sans les autres. Bien sûr, les villes ont pris de plus en plus d'importance. Mais le fonds rural est toujours bien présent. Il imprègne la pratique d'une démocratie directe familière, où les gens se connaissent et se sentent rattachés aux mêmes racines. C'est aussi là que se répandent davantage les craintes d'être submergés, désécurisés, par trop d'apport, trop étranger.

Déçus, sachons modérer notre réaction. La naturalisation demeure ouverte; les cantons gardant une certaine marge de manœuvre pour la faciliter. En revanche, il faut inlassablement s'engager afin d'expliquer que la nécessaire ouverture vers l'extérieur n'exclut ni la fermeté envers les étrangers perturbateurs ni le sentiment profond des valeurs historiques, culturelles et patriotiques qui donnent vie à notre pays. Dans ce registre, pour cette démonstration de main ferme et ouverte, tout à la fois, des débats difficiles s'annoncent. Il y aura celui, inévitable, sur l'accord de Schengen-Dublin, élément important des négociations bilatérales bis avec l'Union européenne; accord contre lequel le référendum est annoncé.

On voit d'autres offensives, telle une motion déposée au parlement, issue des rangs UDC, soit même de l'une des plus jeunes députées, ce qui laisse songeur. Cette motion voudrait empêcher désormais la double nationalité. Qui aurait un passeport suisse ne devrait pas en avoir un autre. On ne peut avoir deux religions, s'est exclamé un député UDC vaudois. Il n'a pas vu qu'il mettait en cause l'attachement, tant célébré, de quelque 70% des quelque 620 000 Suisses de l'étranger. Cette motion s'enlisera au Conseil national. Mais c'est l'occasion de montrer à quel contresens patriotique peut mener la dérive nationaliste.

Toutefois, servitude et grandeur de la démocratie directe: il faut s'engager avec vigueur, expliquer, essayer de convaincre, dénoncer les méthodes contraires à notre culture politique mais ne jamais mépriser les contradicteurs. A la fin, cela passe et le pays tient.

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