Sur le socle de la Statue de la liberté, au pied de la flamme symbolisant la porte d’or du Nouveau Monde, se lit un poème. Une promesse écrite en 1883 par Emma Lazarus, dont la famille portugaise juive a débarqué en Amérique, comme tant d’autres, pour y trouver refuge. Une maxime dont la traduction donne à peu près ceci: «Donne-moi tes pauvres, tes exténués, tes masses innombrables aspirant à vivre libres, le rebut de tes rivages surpeuplés, envoie-les moi, les déshérités, que la tempête me les apporte.»

Cela se détruit, une Statue de la liberté. Demande aux djihadistes qui ont fait sauter Palmyre. Ce n’est pas très compliqué: un char, des munitions et beaucoup de connerie. Ces mots de Lazarus aussi, c’est comme les lois, cela se rature et se réécrit.

«Merci de ne pas obstruer»

Comment s’effondre une démocratie? A l’aéroport, une voix off invite aimablement Monsieur Mohamed Ben Oussa et Madame Siri Al Sayed, en partance pour New York, à se rendre au plus proche guichet d’information. Poliment, ils se font expliquer qu’ils sont indésirables sur les terres de Lady Liberty. Votre Green Card, comment dire, elle n’est plus totalement valable. Du moins, pour l’instant. Vous avez peut-être entendu parler du décret anti-musulman de notre nouveau président? Qu’importe votre religion, vous venez de Libye, de Somalie, du Soudan, de la Syrie, du Yémen, d’Irak ou bien d’Iran? Merci de vous ranger sur le côté, de ne pas obstruer l’embarquement des autres passagers. Dura lex, stupid lex.

«Aussi abject que les djihadistes»

En fermant ses frontières à certains plus qu’à d’autres, c’est l’identité américaine même que méprise l’Orange mécanique. Une nation qui s’est construite sur l’ouverture tweete ses barricades et ses clôtures. Des siècles d’intégration, ça ne l’empêche pas de dormir, le milliardaire décomplexé. Aussi abject que les djihadistes, finalement, qui imposent leur idéologie en effaçant le passé et détruisent à coup de Corans tronqués l’héritage des légendes anciennes.

Si vous pouviez soulever la robe de cuivre de Dame Liberté, vous verriez que son pied droit est relevé et qu’elle se tient debout au milieu de manilles et de chaînes brisées, symbolisant la fin de l’oppression et de la servitude. L’histoire ne dit pas si elle fait marche arrière.


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