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Le peuple exaspéré contre une aristocratie autiste

Le Brexit a donné lieu à un déluge d’invectives contre une décision jugée pour le mieux stupide, pour le pire criminelle. Il révèle un fossé profond entre des élites mondialisées et des populations qui entendent protéger leurs rares acquis. Marie-Hélène Miauton fait le point

Boris Johnson, chef de file de la campagne en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l'UE. — © MARY TURNER/POOL, Keystone
Boris Johnson, chef de file de la campagne en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l'UE. — © MARY TURNER/POOL, Keystone

Une fois le Brexit gagnant, il fallait se poser la question du pourquoi. La rupture entre les élites et la population a souvent été mise en avant, ce qui mérite l’attention. En effet, l’histoire se répète et il faut tirer profit de ses enseignements.

Autrefois, aussi bien en Angleterre qu’en France, l’aristocratie se réunissait en Clubs très fermés ou en Salons huppés. Les petites gens regardaient briller les lustres et les brocards au travers des fenêtres, et n’avaient pas leur mot à dire. On ne se parlait qu’entre soi. C’est également le cas aujourd’hui où l’immense majorité des médias relayent à satiété les opinions dominantes.

Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir

Les gens se sont donc détourné des journaux traditionnels et ils se retrouvent à lire les blogs et à échanger sur Internet. Un courant d’information non officiel s’est ainsi développé, qui diffuse une pensée underground, sans légitimité, à peine tolérée. Ce pourquoi, soucieuse de ne pas se salir les neurones avec des propos qu’elle méprise, l’élite ne les a pas pris au sérieux. Quoique idolâtre de la Révolution française, et de toutes les révolutions d’ailleurs, elle n’a pas compris que ce même peuple dont elle prétend approuver les révoltes historiques vient, aujourd’hui, de lui trancher la tête!

Tant que les grands de ce monde se sont bien conduits, tant qu’ils ont bien gouverné, tant qu’ils ont assumé la tenue et les devoirs de leur caste, le monde a bien fonctionné. Aujourd’hui, qu’ils tirent la couverture à eux et n’agissent pas comme ils préconisent aux autres de le faire, mettant ainsi à jour leurs contradictions, ils ont cessé d’être entendus. Or, selon la célèbre phrase de Rivarol, quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir.

Aristocratie méprisante et injurieuse

La question de l’immigration offre un parfait exemple de cet autisme de l’intelligentsia européenne. Universitaire, mondialiste, immigrationiste, elle refuse de prendre en compte la situation telle qu’elle est vécue par la population lambda.

Entre deux vols internationaux (quoiqu’elle s’affirme écologiste) où elle ne descend que dans des hôtels avec spa, fréquentés par des égaux et des semblables, elle se réfugie dans ses propriétés, derrière des grilles bien gardées par des systèmes d’alarme sophistiqués. Là, elle entend que sa sphère privée soit respectée et qu’on lui fiche la paix. Or, le chez-soi de ceux qui n’en ont pas, et l’ancrage de ceux qui ne peuvent voyager, c’est leur pays et ils veulent aussi y mettre des barrières et de la surveillance.

Mais, l’élite a décidé que, cela, c’était ringard. Aristocratie méprisante et injurieuse, elle regarde le peuple du haut de ses privilèges: bénéficiaire d’une formation universitaire, elle le traite d’imbécile.

Un désaveu ni de gauche, ni de droite, simplement populaire

Capable de s’offrir des grands crus, elle conspue les buveurs de bière. Vivant dans des quartiers épargnés, elle traite de racistes ceux qui se coltinent la réalité du multiculturalisme. En charge d’un métier intéressant et bien payé, elle néglige l’impact de l’immigration européenne ou extra-européenne sur les bas salaires et le chômage des autochtones. Elle est autiste aux revendications d’une grande partie de la population comme le fut l’essentiel de l’aristocratie européenne au moment des révoltes démocratiques. L’histoire se répète, vous disais-je.

Certaine de représenter le nec plus ultra de l’attractivité matérielle et sociale, l’UE ne croyait pas que le Brexit pouvait réellement survenir. Les Anglais jouaient à se faire peur. Même la City était confiante…

Pourtant, tous les cocus de la mondialisation et tous les laissés pour compte de l’ouverture ont saisi l’occasion qui leur était enfin offerte de faire entendre leur voix. Et, tout comme la caste dirigeante européenne était unanime contre le Brexit, le désaveu des citoyens n’a été ni de droite ni de gauche, il fut simplement populaire.

Une fois posée l’ampleur de cette fracture entre l’élite et le peuple, il devient évident qu’une révolution est en marche dont le vote anglais n’est qu’un signe précurseur.

mh.miauton@bluewin.ch