Twitter

Le chroniqueur vedette Mehdi Meklat rattrapé par son «double maléfique»

Le chouchou des médias français, révélé par le Bondy Blog, est au cœur d’une polémique depuis que des tweets haineux qu’il postait sous pseudonyme ont été révélés

D’un côté, un chroniqueur talentueux, chouchou de la sphère médiatique et politique française. De l’autre, un sombre internaute accro aux déclarations homophobes, antisémites ou misogynes. Depuis une semaine, Mehdi Meklat, 24 ans, est rattrapé par son double virtuel baptisé Marcelin Deschamps. C’est sous ce nom d’emprunt qu’il invitait à tuer «les Juifs» ou «ces chiens de Charlie Hebdo». Mardi sur Facebook, il a regretté avoir créé ce «personnage de fiction maléfique» tenant des «propos ignobles». Un repentir tardif qui ne suffit pas à apaiser la polémique. La face cachée du jeune prodige des banlieues, révélé par le Bondy Blog en 2005, est fustigée tous azimuts. Une pétition en ligne vient d’être lancée «pour que Mehdi Meklat soit jugé pour racisme, antisémitisme et apologie du terrorisme».

Pendant cinq ans, @mehdi meklat a déversé un florilège d’injures sous pseudonyme. Et sans craindre un retour de bâton. Quelqu’un de si familier des réseaux sociaux aurait pourtant dû savoir que ces agissements finissent par apparaître au grand jour. Au même moment, le chroniqueur aux 11 000 abonnés Twitter était la vedette de France Inter ou Canal + et publiait même au Seuil. Début février encore, le jeune homme posait en Une des «Inrocks» en compagnie de Christiane Taubira et de son compère Badroudine Saïd Abdallah dit Badrou avec qui il s’est fait un nom.

Oubli numérique

Jeudi dernier, au sortir de l’émission «La Grande Librairie», sur France 5, où il a présenté son dernier ouvrage Minute, son passé est remonté à la surface. @TheCaroCAro45 (#JeSuisToujoursCharlie), @ADPCharb (féministe, athée, République laïque sociale), et d’autres exhument alors des messages injurieux postés par Mehdi Meklat. Pourquoi à ce moment-là? Impossible de l’expliquer.

A la recherche d’un oubli numérique qui l’innocenterait, Mehdi Meklat a supprimé plus de 40 000 tweets dans la nuit de samedi à dimanche. «A travers Marcelin Deschamps, je questionnais la notion d’excès et de provocation, a-t-il argumenté sur Facebook. Je m’excuse si ces tweets ont pu choquer.» Mais le mal est fait. Le Bondy Blog, son éditeur, «les Inrocks», «Marianne» et même l’ancienne garde des Sceaux se sont désolidarisés. Seule exception: la journaliste de France Inter Pascale Clark, qui jure dans les colonnes de Marianne que «son personnage odieux, fictif, ne servait qu’à dénoncer». Elle ajoute: «A l’antenne, il ne fut que poésie, intelligence et humanité.»

Sur Twitter, c’est la désillusion. «Portons le débat au tribunal pour propos antisémites nauséabonds au lieu d’accepter ses excuses bidon», lance @Marsallon. «Mehdi Meklat n’est pas un dérapage isolé», s’inquiète encore @michelelefevre1. Certains s’étonnent en revanche que la supercherie n’ait pas été découverte plus tôt. «Donc les journalistes du Bondy Blog, de France Inter, des Inrocks ne savaient pas sur @mehdi_meklat ce que Twitter a trouvé en 30 secondes?» interroge @lordmahammer. Mardi, Télérama annonçait que Mehdi s’apprêtait à quitter la France. «Incapable de saisir l’énormité de sa faute et jouant à fond le rôle de la victime incomprise», déplore ‏@heliotrope4.

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Twitter incontrôlable

L’affaire de ce Dr. Jekyll du tweet relance le débat de l’anonymat sur les réseaux sociaux où, malgré des tentatives de contrôle, presque tout reste permis. Elle rappelle la croisade de Dennis Robert contre les Golden corbeaux de Twitter. Insaisissable, la «fachosphère» poste frénétiquement puis supprime, flirte avec les limites et se cache derrière l’excuse du jeu de rôles. Difficile, bien souvent, de prouver les faits ou même de démêler le vrai du faux. Dans le cas de Mehdi Meklat, certains internautes avaient pourtant donné l’alerte, le compte Printemps Républicain, l’écrivain et dessinateur Joann Sfar ou encore la journaliste du «Figaro» Eugénie Bastié entre autres. En vain. Véritable Far West numérique, Twitter n’est pas près d’être dompté.

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