L’histoire en ligne

Churchill, l’ami dont la Suisse avait besoin

Les Documents diplomatiques suisses publient sur leur site un dossier passionnant sur les relations particulières entre l’homme d’Etat britannique et la Suisse. Le «British Bulldog», éjecté du pouvoir, défendait bec et ongles la neutralité helvétique à un moment où la Suisse était complètement isolée sur la scène internationale

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Churchill, l’ami dont la Suisse avait besoin

A l’occasion des 50 ans de sa mort, des archives retracent son séjour en Suisse en 1946

A l’occasion des 50 ans de la mort de Winston Churchill, le 24 janvier 1965, les Documents diplomatiques suisses ont rassemblé sur leur site*une série d’archives, dont beaucoup sont en français, sur la «relation spéciale» que l’homme d’Etat britannique entretenait avec notre pays, ainsi que sur son séjour de 1946 au bord du lac Léman.

Des images d’archive de la RTS nous montrent l’arrivée en fanfare du grand homme à Genève, à la fois imposant et simple, heureux peut-être de s’échapper de Londres, où il a perdu le pouvoir un an plus tôt. Debout dans une décapotable noire, havane au bec et chapeau melon de rigueur, le British Bulldog salue d’un «V» une foule euphorique. Et sur la route cantonale qui le mène à Bursinel (VD), où il va passer trois semaines de vacances avec son épouse Clementine et sa fille Mary, il ne manque jamais de saluer ouvriers et paysans, à l’étonnement d’un diplomate qui l’accompagne.

La Suisse pointée du doigt

La ferveur des Suisses n’est pas surjouée. Churchill est une légende, l’un des grands vainqueurs de l’hydre nazie, mais de plus il s’est posé en ami inconditionnel de la Suisse en la déclarant «seul pays véritablement neutre et devant être reconnu comme tel».

«Un véritable cadeau du ciel!, s’exclame Sacha Zala, directeur des Documents diplomatiques. En effet, à cette époque, plus personne ne croit à la neutralité de la Suisse. Les Américains n’ignorent rien de sa coopération avec l’Allemagne nazie et les Soviétiques ne rétablissent des relations diplomatiques que du bout des lèvres. De 1945 à 1949, lorsque, à la faveur de la Guerre froide, la neutralité suisse retrouve son sens, notre pays est donc assez isolé, et l’amitié anglaise, que j’appellerai une amitié faute de mieux, s’avère d’un secours précieux.»

La Suisse soigne donc ses relations avec le Royaume-Uni, ouvrant des lignes aériennes directes, favorisant le tourisme (200 000 touristes britanniques en 1946-1947!), sans oublier d’acheter des chasseurs Vampire et bombardiers de fabrication britannique.

Peut-être doit-on même à Churchill d’avoir évité une invasion soviétique. En 1944, Staline aurait informé son homologue anglais de ce projet, lequel lui aurait rétorqué: «Nous autres, les Anglais, nous n’envahissons pas un pays neutre.» Selon un officier suisse, il aurait été jusqu’à dire qu’il s’y opposerait par les armes.

Le clou du voyage de Churchill en Suisse, c’est bien sûr le discours retentissant prononcé à l’Université de Zurich le 19 septembre 1946, où il appelle de ses vœux les «Etats-Unis d’Europe» (sans le Royaume-Uni, dont il ne perçoit pas le déclin). Moins célèbres, mais tellement révélateurs de la profondeur et de l’humour des politiciens d’autrefois, ces mots lancés entre quatre yeux, le soir même, en sirotant un whisky à son hôtel: «Que désirent les hommes? Les jeunes gens veulent épouser les jeunes filles, avoir des enfants, jouir un peu de la vie… Mais les politiciens moisis proposent toutes sortes d’autres buts et nous précipitent ainsi dans la pire des catastrophes.»

* http://www.dodis.ch/fr

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