Son image avait pâli depuis plusieurs mois déjà. Des collaborateurs la quittaient. Un associé en avait été écarté lundi.

Il y a seulement une année, Wegelin resplendissait pourtant. En à peine plus de dix ans, la plus veille banque suisse venait de bâtir un réseau allant de Saint-Gall à Genève et de multiplier ses effectifs par vingt. Sous l’impulsion de son mentor, Konrad Hummler.

Une personnalité: ancien président de l’Association suisse des banquiers privés, ex-membre du Conseil de banque de la BNS, et encore président du prestigieux quotidien NZZ. Un caractère: ses avis tranchés faisaient merveille dans la presse, dans les conférences et surtout dans ses Commentaires d’investissement.

Sa lettre intitulée Adieu à l’Amérique, publiée en août 2009 en pleine affaire Birkenfeld, avait fait mouche, et confirmé son image de Winkelried du secret bancaire. Elle lui vaut pourtant aujourd’hui sa chute. Car le double jeu auquel il se livrait, en réalité, l’a sans doute privé des derniers soutiens dont pouvait bénéficier ce franc-tireur de la place financière.

La banque Wegelin finit tragiquement et sans honneur parce que son chef ne faisait pas ce qu’il disait. Au lieu de couper tout lien avec les Etats-Unis, en réaction à la livraison des noms de 4450 clients d’UBS, ses gérants de fortune continuaient d’aider des clients américains de la grande banque à échapper au fisc. Une façon sans doute pour lui de répondre à ce qu’il appelait «la confrontation fiscale manigancée par Washington», et de récupérer une clientèle hautement rémunératrice. Ces deux motifs n’enlèvent rien à l’aveuglement dont a fait preuve le banquier privé, et qui a conduit à sa chute brutale.

Contraint, après les plaintes contre ses gérants, de vendre l’«œuvre de sa vie», il protège ainsi les clients et collaborateurs de sa banque sans lien avec les Etats-Unis. L’histoire n’est toutefois pas finie, car le différend entre Berne et Washington reste sans solution. On ne peut pas non plus exclure que Konrad Humm­ler, habile entrepreneur, sorte un ultime joker de sa manche pour semer un grain de sable dans la machine judiciaire américaine.

En attendant, Raiffeisen fait figure de grande gagnante. Elle réalise, probablement à bon prix, une rapide diversification, elle à qui les régulateurs reprochent une monoculture hypothécaire.