Où est passé Jack Ma? Depuis six mois, la question préoccupe non seulement les milieux financiers mais alimente aussi les spéculations sur une prise de contrôle de l’économie numérique par l’Etat chinois. Jack Ma, c’est l’homme le plus riche de Chine, le fondateur d’Alibaba, la plus grande entreprise d’e-commerce au monde. En l’espace de deux décennies, grâce à ses plateformes d’achats, de paiement et de prêt en ligne, il est devenu un acteur à la fois commercial et bancaire plus puissant qu’un Bezos ou qu’un Zuckerberg. Aujourd’hui, Pékin démantèle son empire.

A une exception près, Jack Ma n’est plus apparu en public depuis octobre dernier. Il avait alors critiqué le système de régulation bancaire chinois, jugé dépassé. A l’époque, le flamboyant entrepreneur préparait l’introduction à la bourse de Hongkong de sa filiale de prêt bancaire, Ant Group, qui promettait d’établir un nouveau record de valorisation boursière. L’opération fut stoppée en fin d’année par le régulateur chinois. Depuis, les signaux se multiplient en Chine d’une reprise en main des entreprises numériques, privées pour la plupart, afin qu’elles se conforment au même moule que le secteur public. Début avril, Alibaba devait payer 2,4 milliards de francs d’amende pour «abus de position dominante». Ce mouvement devrait être parachevé, selon une information du Financial Times, par le transfert de l’intégralité des données des 700 millions de clients d’Ant Group à une filiale de la Banque centrale de Chine. Ce qui revient à une forme de nationalisation.