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Ciao, caro Carlo

CHRONIQUE. Le 71e Locarno Festival s’ouvre le 1er août. Et ce sera le dernier placé sous la présidence artistique de l’Italien Carlo Chatrian

En août dernier, le Locarno Festival profitait de sa 70e édition pour célébrer la manière dont il a contribué à révéler de nombreux jeunes cinéastes. Après la fête, le changement. A l’issue de la cuvée 2018, qui débute le jour de la Fête nationale, il sera en effet temps de dire adieu au directeur artistique Carlo Chatrian, qui cède sa place après avoir conduit six éditions. Venu en voisin, il est originaire du Val d'Aoste, il aura collaboré quinze ans avec la manifestation, présidant notamment aux destinées de ses emblématiques rétrospectives.

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Au début des années 2000, Irene Bignardi avait eu la lourde tâche de succéder à l’hyperactif Marco Müller, le directeur qui aura largement contribué à placer le Locarno Festival sur la carte du monde. La Romaine avait divisé en défendant une programmation plus préoccupée par des considérations politiques qu’esthétiques. En 2006, c’est le Neuchâtelois Frédéric Maire qui s’était vu confier les rênes du prestigieux rendez-vous. Qu’il n’a pas révolutionné, mais dont il a pérennisé, grâce à son entregent bienveillant, le fort capital sympathie dont il jouit.

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Place ensuite au Français Olivier Père, qui a dérouté avec des films parfois plus destinés à la presse parisienne branchée qu’aux cinéphiles locarnais. Puis est arrivé Carlo Chatrian, homme de l’ombre qui a joliment pris la lumière, jouant parfaitement avec les mille possibilités offertes par un festival de catégorie A, proposant une compétition repoussant les frontières esthétiques et narratives, des œuvres grand public sur la Piazza Grande, tout en renforçant la présence du cinéma du patrimoine.

Un départ, deux solutions

Le départ du Valdôtain, nommé directeur de la Berlinale, est un bon signal envoyé à Locarno. Il valide en quelque sorte le travail accompli. Passionné et érudit, Carlo Chatrian sait travailler en équipe, n’a jamais cherché à incarner seul l’esprit du festival au léopard. J’ai pu le constater de l’intérieur en dirigeant deux ans la très populaire Semaine de la critique, section gérée par l’Association suisse des journalistes cinématographiques. Se pose évidemment la question de sa succession. Ce choix sera crucial pour l’avenir de la manifestation si elle veut rester le quatrième grand rendez-vous européen après Cannes, Venise et Berlin.

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Deux solutions s’offrent au Locarno Festival: chercher la perle rare en Suisse pour envoyer un signal positif à la branche ou à l’étranger afin de tenter d’accroître encore son aura. Les deux options ont des pour et des contre. Reste que nommer une femme d’ici serait un geste fort. Et il y en a une qui semble avoir toutes les qualités requises. Elle dirige pour l’heure les Journées de Soleure.


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