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Fort d’un budget de 2 milliards de francs et de 18 000 collaborateurs, le CICR a connu une croissance fulgurante.
© MARTIAL TREZZINI/Keystone

éditorial

CICR: la confiance, une assurance vie pour les délégués

Le Comité international de la Croix-Rouge doit établir des partenariats avec cautèle. Est en jeu la confiance des acteurs avec lesquels il travaille. Une confiance qui est l’assurance vie des délégués sur le terrain

Depuis 155 ans, c’est un travail de Sisyphe mais indispensable qu’accomplit le Comité international de la Croix-Rouge. La communauté internationale a beau être dotée de quatre Conventions de Genève, on a rarement assisté à autant de violations systématiques et graves du droit international humanitaire. Combien d’hôpitaux bombardés en Syrie, combien de convois humanitaires attaqués? Les crimes de guerre ne se comptent plus.

Dans ce chaos, le CICR doit relever le défi de se faire entendre et de rester pertinent sur un marché de l’humanitaire où la concurrence est de plus en plus vive. Garder sa spécificité devient une gageure. Comme le montre l’enquête du Temps, le président du CICR, Peter Maurer, a bien compris qu’aujourd’hui son organisation ne peut plus se focaliser seulement sur l’urgence à court terme, et qu’il faut une approche plus systémique et durable des crises humanitaires. Ce changement de paradigme est peut-être le seul possible, mais il n’est pas dépourvu de risques, dont celui d’embrasser des activités de développement qui vont au-delà de la capacité et de la raison d’être du CICR.

Lire aussi: Enquête sur les liaisons à risques du CICR

Des partenariats «intelligents» avec des entreprises privées innovantes, voire des institutions comme l’EFPL, peuvent s’avérer pertinents. Mais là aussi la vigilance s’impose. L’exemple de LafargeHolcim devrait servir de drapeau rouge. La multinationale du ciment, qui fut jusqu’en 2017 un partenaire stratégique du CICR, est accusée d’avoir soutenu des groupes djihadistes en Syrie.

Dans un monde très fragmenté, le CICR, financé par la Confédération à hauteur de 148 millions de francs, doit préserver ce qui constitue l’assurance vie de ses délégués sur le terrain: la confiance des acteurs avec lesquels il travaille. Celle-ci étant extraordinairement fragile, elle requiert une stricte indépendance. Il est dès lors étonnant que le président du CICR ait fait le pari de siéger au conseil de fondation du World Economic Forum pour exercer des «influences croisées». Or le WEF, dont on peut saluer les mérites, est tout sauf un acteur neutre et impartial.

Lire aussi: Un accord controversé avec Chine Nouvelle

Enfin, fort d’un budget de 2 milliards de francs et de 18 000 collaborateurs, le CICR a connu une croissance fulgurante. Le changement de culture interne, inévitable, ne devrait toutefois pas pousser à négliger l’humain. Or le mécontentement sourd dans les coulisses de l’organisation. La verticalité du pouvoir au CICR a eu pour conséquence le refus catégorique de mettre sur la place publique le débat sur le devenir de l’institution. Or, à terme, la question pourrait revenir comme un boomerang.

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