Valérie Dittli et ses collègues du Conseil d’Etat vaudois tiendront-ils? Avec une contestation qui gagne en ampleur et un nouveau mouvement de protestation annoncé pour la fin du mois, la pression est maximale sur les épaules de la grande argentière, tout comme sur celles du reste du collège.

A majorité de droite, l’exécutif sorti des urnes l’an dernier se refuse à compenser pleinement le renchérissement, comme l’exigent les syndicats et les 3000 personnes qui étaient dans la rue lundi soir. Ce sera un modeste 1,4% pour l’ensemble des employés cantonaux, assorti d’une prime de 0,8% pour les bas salaires compris entre les classes 1 à 10 des échelles de traitement du canton; 60% des fonctionnaires sont concernés, un taux qui grimpe à 75% au CHUV.

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Concédons qu’il n’est jamais agréable de voir son pouvoir d’achat s’éroder. Admettons aussi que le taux de base octroyé par le gouvernement présidé par la libérale-radicale Christelle Luisier, bien en dessous des 2,8% d’inflation mesurés en 2022, est un brin pingre. Il ne compensera pas pleinement les factures d’électricité et les hausses de primes qui prennent effet dès ce mois.

Fini l’argent gratuit

Et pourtant, en décidant de concentrer ses efforts sur les bas salaires et en les accompagnant d’autres mesures financières en faveur de ses contribuables, le Conseil d’Etat adopte une approche originale qui mérite d’être saluée. D’autres cantons feraient d’ailleurs bien de s’en inspirer. A commencer par Genève.

Car malgré tout le mal que beaucoup en pensent, l’octroi d’un montant unique permet de répondre à des hausses de prix qui pourraient s’avérer temporaires, plutôt que de figer des augmentations salariales qui ne tombent pas du ciel. Elles sont financées par le contribuable ou ses descendants.

Un coup d’œil à la situation financière des deux cantons lémaniques est à ce titre éloquent: malgré son attitude radine, le canton de Vaud n’échappera pas aux chiffres rouges cette année, à en croire son budget qui prévoit un déficit de près de 227 millions de francs. Mais il contiendra tant bien que mal son endettement autour du milliard.

Il en va tout autrement au bout du lac, où une alliance de circonstance entre la gauche et le MCG permet une revalorisation salariale de 2,44%, mais entraîne un déficit attendu à près d’un demi-milliard de francs. S’il devait se concrétiser, il viendrait grever une dette de plus de 12 milliards de francs. Or, faut-il le rappeler, l’argent gratuit, à la faveur de taux d’intérêt négatifs, c’est terminé. Un autre effet collatéral du poison inflationniste que certains préfèrent occulter.

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