L'édition 2000 du Festival de Locarno propose deux nouvelles sections. L'une est consacrée aux auteurs de séries B, ces films économes qui parviennent, par le système D et les codes du genre policier ou fantastique, à exprimer des idées fortes et personnelles sans prêchi-prêcha. L'autre section, «Appellations Suisse», est l'énième vitrine époussetée du cinéma suisse à Locarno.

La réalité sinistre de notre cinéma est telle que, au cœur d'un débat politique qui devrait mener à l'augmentation du budget fédéral d'aide à la production, le milieu qui parade à Locarno continue à s'entre-poignarder dans le dos. Ceux qui soupçonnent et qui médisent sont aussi ceux qui font ce cinéma. Et racontent, en riant, mais anonymement bien sûr, les soucis de production du tournage d'un collègue ou le jalousent pour un projet financé. Les intérêts entre une occupation de cinéaste et, par exemple, un mandat dans une commission entrent trop facilement en collision, pour ne pas dire en collusion. Les mêmes demandent, distribuent et, le reste du temps, ils se plaignent.

Le jeu de l'entraide lève des fronts et assoit ceux qui en profitent dans une logique dispendieuse; et les projets les plus avantagés, même s'ils sont enthou-

siasmants, sont rejetés a priori par les envieux. Il faudrait se tourner vers cette série B, nouvelle venue à Locarno, pour se demander si le cinéma suisse est encore, comme ce fut le cas, capable de faire des films pas chers. Les courts métrages des écoles de cinéma portent cet espoir. Mais ces élèves auront-ils une entrée et une voix dans le sérail? Il leur faudra résister à l'écœurante déperdition d'énergie qui se donne en spectacle ces jours-ci à Locarno, dans un des meilleurs festivals de cinéma, où ce mauvais scénario helvétique semble ne plus avoir sa place.

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