Dans moins d’un mois, la planète financière se souviendra de ce week-end de septembre 2008 au cours duquel la banque Lehman Brothers a fait faillite, déclenchant un séisme aux répliques planétaires. Quelques semaines plus tard, le 16 octobre, il emportait presque UBS.

Pour éviter le pire à la première banque du pays, dont la déroute menaçait à tout le moins la Suisse, la Confédération et la Banque nationale (BNS) s’inspirèrent du modèle de la mauvaise banque («bad bank» dans le jargon des financiers). Cette entité, appelée StabFund, était chargée de sauver ce qui pouvait l’être des 40 milliards de dollars de titres pourris accumulés en particulier sur le marché immobilier américain par une UBS à la recherche du profit à tout prix.

Presque cinq ans plus tard, l’heure du bilan a sonné. La Confédération a récupéré ses fonds, avec un gain de 1 milliard, en 2009 déjà. Vendredi, la BNS a annoncé la fin de l’opération StabFund. Celle-ci se termine aussi par un gain, plusieurs milliards de francs assurément; le montant exact sera précisé d’ici à la fin de l’année. Sans oublier le bénéfice, non chiffré, tiré de la survie du système financier helvétique. De son côté, la banque, qui a complètement renouvelé sa structure de direction, a fini par renouer avec les profits. Et revu à la baisse ses effectifs comme ses ambitions de rentabilité.

L’opération de sauvetage peut donc être qualifiée de réussie.

Les gains réalisés par la Confédération et la BNS rémunèrent d’abord le risque considérable qu’elles ont pris à l’époque, alors que le marché des capitaux s’écroulait. Ils apportent aussi la preuve de la maîtrise avec laquelle le sauvetage, pourtant conçu dans l’urgence, a été mené. Une réussite qui paraît encore plus visible alors qu’ailleurs en Europe l’assainissement de quantité de banques reste à faire.

Ces milliards qui ont échappé à UBS constituent en quelque sorte le prix à payer par la banque pour avoir contraint les contribuables à venir à son secours, à opérer ce «coup d’Etat économique». Trop de fois, les pertes sont socialisées alors que les profits restent privés.

Les actionnaires ont maintenant assumé leurs responsabilités, mais pas les dirigeants responsables de la déroute de la banque. La leçon n’a donc pas été complètement donnée. Or en finance, plus qu’ailleurs, on sait la mémoire courte.

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