Revue de presse

Cinq choses que vous n’avez peut-être pas encore lues à propos des deux Prix Nobel suisses

Connaissez-vous Trélex, nouvelle capitale du monde? Pourquoi Michel Mayor était-il à Hawaï quand Didier Queloz observait le ciel dans son observatoire du Luberon? Et saviez-vous que le spectromètre* qu’ils ont utilisé en 1995 mesurait des variations de vitesse de l'étoile aussi rapides qu’Usain Bolt? Miscellanées tirées de la presse, autour d’un Nobel qui a fait le tour du monde

«Le Temps» a consacré plusieurs articles au Prix Nobel de physique 2019, décerné conjointement aux deux astronomes romands Michel Mayor et Didier Queloz.


Bienvenue à Trélex, capitale du monde

«Entre l’Auberge de la Tour qui fait une magnifique entrée au GaultMillau, la présidence du Grand Conseil et maintenant ce Prix Nobel, on peut dire que Trélex est une grande capitale de l’année 2019. En tant que syndic de Trélex, je suis naturellement très heureux et très fier.» Déclaration signée Yves Ravenel, le syndic du village du district de Nyon, citée par La Côte. Michel Mayor habite Trélex, et y a été conseiller communal. L’autre célébrité trélésienne, l’Auberge de la Tour, est en effet entrée, cette semaine aussi, dans le célèbre guide gastronomique, avec directement une note de 16/20.

La «guerre froide» avec les Californiens

C’est la revue scientifique Nature qui le raconte: «En annonçant en 1995 qu’ils avaient découvert une planète tournant en orbite autour d’une étoile hors de notre système solaire, Mayor et son étudiant d’alors Queloz ont lancé un nouveau champ d’investigation aux enjeux des plus forts. Des chercheurs avaient trouvé des exoplanètes orbitant autour d’étoiles mortes comme les pulsars, mais pas autour d’étoiles semblables à la nôtre. Leur découverte était remarquable aussi en ce qu’elle ne laissait presque aucune place à l’ambiguïté, et qu’elle a été rapidement confirmée», explique un astronome de l’Institut des sciences de l’espace de Barcelone, Guillem Anglada-Escudé. Les Suisses se sont donc sérieusement attelés à la poursuite d’autres exoplanètes, déclenchant une «guerre froide» avec une équipe de Berkeley qui utilisait la même technique de détection des planètes et qui fut la première à confirmer leurs découvertes. Le nom du chef de cette équipe, Geoffrey Marcy, avait déjà circulé à propos du Nobel. Mais il a démissionné en 2015, après qu’une enquête de l’université a jugé qu’il n’avait «pas respecté le règlement contre les violences sexuelles». «C’est un duo de superbes scientifiques qui, avec une communauté de chercheurs toujours plus grande, a ouvert la voie à un tout nouveau domaine, explique aussi Christiane Helling, une autre astronome interrogée par Nature. Queloz a toujours travaillé à développer et à soutenir l’ensemble de la communauté, plutôt qu’à sa seule réussite propre.»

Un spectromètre extrêmement précis

Science aussi rend hommage aux deux Suisses en racontant toute leur histoire, en partant de leur incrédulité devant cette planète que personne ne pensait possible – «un géant gazeux d’une masse à moitié celle de Jupiter, mais à l’orbite si petite qu’elle semblait virtuellement effleurer la surface de son étoile». Leur spectromètre* était «capable de détecter des mouvements stellaires à une vitesse aussi basse que 13 mètres par seconde, légèrement plus rapide que celle du sprinter Usain Bolt».

Congé sabbatique à Hawaï

Le New York Times évoque longuement James Peebles, le 3e Nobel, et revient aussi sur l’aventure suisse, en soulignant forcément son petit côté américain. «Leurs instruments techniques étaient assez sensibles pour détecter des planètes comme Jupiter, mais les astronomes pensaient que des planètes de cette taille seraient très loin de la Terre, et mettraient des années à être identifiées. La thèse de Didier Queloz serait terminée bien avant que la technique produise ses fruits et que ces planètes puissent être trouvées, pensaient-ils.» C’est ainsi que Michel Mayor partit en congé sabbatique à l’Université d’Hawaï. On connaît la suite: «L’étonnement de Didier Queloz devant cette planète qui ne répondait pas aux attentes, sa gêne d’abord à l’idée qu’il s’était trompé dans ses calculs – «J’ai vraiment paniqué et je n’ai rien dit à Michel.» Six mois plus tard, convaincu que ses données étaient justes, Didier Queloz envoie un fax à Michel Mayor disant qu’il avait peut-être bien découvert une planète. «Michel m’a répondu très gentiment: «Oui, peut-être.» Des années plus tard, Michel Mayor raconterait qu’il n’avait pas cru à ces données. «Il avait voulu être gentil avec moi», se souvient Queloz. Mais de nouvelles observations apportèrent les mêmes données. Le 6 octobre 1995, ils annoncèrent leur découverte.»

L’univers dans une tasse de café

«Our whole universe was in a hot, dense state
Then nearly fourteen billion years ago expansion started…»

Vous avez peut-être reconnu les premiers mots du générique de la série télévisée The Big Bang Theory: ce sont aussi les premiers mots prononcés par un des membres de l’Académie suédoise des sciences, au moment de l’annonce des lauréats hier à Stockholm, raconte le site web Chron – pas sûr que toute l’audience ait saisi l’allusion. Mais les académiciens ont le sens de la communication – c’est en versant du café, puis du lait, et quelques grains de sucre dans une tasse en verre qu’il a ensuite tenté d’expliquer le travail de James Peebles, le 3e lauréat, titulaire de la chaire Albert Einstein à Princeton: «Le café, c’est l’énergie sombre, la crème, c’est la matière sombre, et cette petite pincée de sucre, c’est la matière ordinaire, la seule dont s’occupe la science depuis des milliers d’années.» Ajoutant un peu plus loin: «Nous pensions que les autres systèmes solaires ressemblaient au nôtre. Nous avions tort.»

L’article publié le 23 novembre 1995 dans Nature, et par lequel tout a commencé: A Jupiter-mass companion to a solar-type star

* Correction apportée le 10 octobre: «spectromètre» et pas «spectromètre de masse»

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