Oui, que pouvez-vous faire? Rien. Juste vous dire que cela ne sera vraiment pas de chance… 0.01% des bagages n’arrive pas à destination. Cela représente 29.4 millions de bagages pour plus de Cinq milliards de passagers, ou 12 sur 1000… Ce n’est vraiment pas beaucoup. Mais déjà trop me direz-vous. Sachez que cela coûte une fortune aux compagnies aériennes: près de trois milliards de dollars en 2010, selon le site spécialisé SITA. Donc elles font tout ce qu’elles peuvent pour régler le problème. En particulier, vous encourager à ne pas avoir de bagage à main. Les bagages sont une des premières causes d’insatisfaction des passagers, mais moi, je trouve que c’est magique. Pensez-y: où que vous alliez dans le monde, dans 99.99% des cas ça marche, c’est la magie du monde aérien. Une horloge parfaitement huilée dans tous les pays du monde: c’est ça la globalisation! Et inventée il y a plus de 60 ans, quand les compagnies aériennes ont commencé à mettre leurs processus opérationnels en commun…

Mais pour votre valise, il y a bien quelque chose à faire quand même, me direz-vous. C’est quoi le problème? Le problème c’est qu’il y a des humains dans le processus et qu’on n’a pas encore réussi à tous les supprimer. Il faut au minimum 15 personnes pour un vol avec un changement pour s’occuper de votre valise. Il y a un humain qui pose votre valise sur le tapis roulant. En voie de disparition… Attention! Si c’est vous qui mettez votre étiquette à bagage et déposez votre valise, vous introduisez un risque important de perte. Sans barre code lisible, c’est une valise retardée. Sans étiquette, pas de valise.

Conseil numéro un: soyez extrêmement consciencieux en collant votre étiquette à bagage.

Ensuite la valise passe la sécurité. Au moins quatre humains vérifient. S’il y a un «random check», un contrôle aléatoire, vous augmentez les risques.

Conseil numéro deux: ne transportez pas d’objets interdits, les scanners voient tout!

Imaginez maintenant une montagne russe géante, avec des valises qui tournent en boucle. Dans certains aéroports il y a jusqu’à 5 étages de tapis roulant. Votre valise attend en tournant en rond que ce soit son heure.

Conseil numéro trois: éviter les bandoulières qui peuvent s’accrocher à d’autres valises. C’est augmenter très fortement la probabilité de ne plus jamais revoir votre valise…

Quand un avion est prêt à embarquer, il y a un système automatique qui lit les étiquettes et envoie les valises correspondant sur un rail qui les descend vers la sortie. Les valises ne peuvent être triées que quand le vol et le check-in sont terminés pour des raisons évidentes de sécurité. Le temps pour les embarquer est donc très court. C’est le rôle du sixième humain qui scanne l’étiquette pour vérification et met manuellement la valise dans un conteneur en fonction de la destination finale. C’est le Chaplin des temps moderne. Les valises descendent non-stop. Pas moyen de les arrêter. Il faut les gérer et les trier. Gros risque d’erreur.

Conseil numéro quatre: Soyez sympa. Ne faites pas des valises trop lourdes, et utiliser des bagages faciles à attraper.

Arrivent les septième et huitième humains qui partent vers l’avion avec les conteneurs. Il y a le risque que votre valise tombe en cours de route. Impossible pour les deux humains de s’en apercevoir. Trop de bruits pour l’entendre tomber.

Conseil numéro cinq: Utiliser des bagages qui peuvent subir des chocs. Si la valise s’ouvre pendant une chute, là sûr, c’est foutu…

Devant l’avion, l’un scanne l’étiquette pour confirmer que la valise est dans l’avion, l’autre range les valises dans la soute.

Au transfert, un neuvième et dixième humain les sortent, les scannent et si nécessaire en déposent certaines au pied de leur avion et les autres sur le tapis roulant local. Les onzième et douzième humains les déchargent. Le treizième humain vérifie les bagages déposés sur le tapis roulant. A l’arrivée, les quatorzième et quinzième humains les sortent. Fin. Si tout va bien.

Donc quinze personnes auront manipulé votre bagage pour arriver à destination. L’erreur étant humaine, cela fait beaucoup de risques… mais je maintiens, bravo à une telle coordination transfrontalière.

Seule et unique solution pour améliorer la gestion des bagages: automatiser, automatiser, et encore automatiser. Et je vous assure que toutes les compagnies aériennes y travaillent, comme en témoigne le BIP, le programme d’amélioration du traitement des bagages.

Donc je suis désolée, de vous informer, que, mis à part coller consciencieusement votre étiquette, il n’y a pas grand-chose à faire. Si ce n’est trouver un moyen de remplacer ces humains.

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