En France comme ailleurs, les élections municipales – c’est une évidence – ne se jouent pas sur des considérations nationales. La personnalisation du scrutin, le bilan des maires sortants, mais aussi, dans le cas français, les liens complexes entre métropoles et communauté d’agglomérations, communes rurales et intercommunalités, voire les votes par arrondissement (à Paris, Lyon ou Marseille) imposent au pouvoir exécutif d’être prudent sur les leçons à en tirer.

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Il n’empêche, Emmanuel Macron considérera bien, dimanche soir, que la dernière manche de sa présidence est engagée. C’est pour cela que lui et son premier ministre, Edouard Philippe, ont avalisé l’idée d’un second tour maintenant, malgré les risques liés au coronavirus, plutôt que la tenue de deux tours en septembre, voire en janvier 2021. D’autant que le chef du gouvernement, candidat à la mairie du Havre, verra lui-même son avenir impacté par les urnes.

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Attention, donc, à bien écouter le message que les 4797 collectivités appelées à voter au second tour (dont 47 villes de plus de 100 000 habitants), sur environ 35 000 communes, vont formuler pour la France, alors que les commissions parlementaires sur la gestion de la crise entament leurs auditions, et que l’épidémiologiste suisse Didier Pittet va présider une «mission indépendante nationale d’évaluation». Une poussée écologiste municipale, surtout dans les grandes villes, serait par exemple un signal à ne pas ignorer. La résistance des fronts de gauche locaux face aux alliances, fréquentes, entre candidats de la majorité présidentielle et ceux de la droite traditionnelle donnera aussi une idée de l’échiquier politique dans cette ère de quasi-disparition du Parti socialiste. Quid, enfin, de l’enracinement local de l’extrême droite, confirmée au premier tour dans ses bastions?

Ces élections atypiques, car interrompues et «percutées» par l’épidémie, vont dresser le portrait de la France que le président s’est engagé, le 14 juin, à consulter davantage, en rapprochant l’Etat de sa base: celle du terrain. Un remaniement gouvernemental devrait suivre. Soit. Mais le message vaudra surtout pour le chef de l’Etat. A lui, après ce test municipal, de calibrer au mieux son action future pour s’assurer que le cap des réformes, qu’il désire à juste titre incarner, est compatible avec l’état du pays. Et de démontrer qu’il peut remettre celui-ci «en marche» sur le plan économique sans relancer les colères et les affrontements qui, jusque-là, ont malheureusement scandé sa présidence.