La Société de géographie de Lisbonne est l’un de ces lieux singuliers où sont réfugiées les traces modestes d’un empire qui s’étendit jusqu’en Chine. Son restaurant suranné attire les gentlemen cultivés heureux d’y partager leur sagesse d’anciens. Ce jour-là, un vieux général informait ses commensaux que la Chine venait d’acheter le réseau portugais de distribution d’électricité. Fragilisé par la discipline budgétaire de la zone euro, le Portugal s’était laissé séduire par les promesses chinoises. Les murs épais de la Société de géographie enregistraient la conversation sous la rubrique «retournement»: la Chine se payait un bail à Lisbonne comme le Portugal s’en était jadis payé un à Macau.