Il était une fois

Cinquante nuances de Chine

OPINION. L’inquiétude à l’égard de la Chine ne cesse pas, relève notre chroniqueuse Joëlle Kuntz. Elle est marquée aujourd’hui par de profondes divergences d’intérêts accompagnées d’incompatibilités politiques

La Société de géographie de Lisbonne est l’un de ces lieux singuliers où sont réfugiées les traces modestes d’un empire qui s’étendit jusqu’en Chine. Son restaurant suranné attire les gentlemen cultivés heureux d’y partager leur sagesse d’anciens. Ce jour-là, un vieux général informait ses commensaux que la Chine venait d’acheter le réseau portugais de distribution d’électricité. Fragilisé par la discipline budgétaire de la zone euro, le Portugal s’était laissé séduire par les promesses chinoises. Les murs épais de la Société de géographie enregistraient la conversation sous la rubrique «retournement»: la Chine se payait un bail à Lisbonne comme le Portugal s’en était jadis payé un à Macau.

La semaine passée, la même Chine a rendu à l’Italie la visite que Marco Polo lui avait faite à l’époque du Grand Khan. Elle a poussé la courtoisie jusqu’à placer sa proposition économique sous l’enseigne de la Route de la soie, en honneur des Romains sans doute, les plus grands amateurs de soie au début de l’ère chrétienne. Pour les retrouvailles, elle ne demande pas moins qu’un morceau du port de Trieste.