L'ère moderne prouve que le Comité international olympique (CIO) n'a pas manqué d'audace quant à ses choix de villes hôtes des Jeux d'été. En élisant Tokyo en 1964, alors que le Japon n'était qu'une puissance émergente, Moscou en 1980 (en pleine guerre froide), Séoul en 1988 (la révolte estudiantine grondait), plus récemment Pékin en 2008 afin de contribuer à l'ouverture de la Chine, l'instance olympienne a pris des risques pas forcément mesurés.

Mais la désignation de Londres 2012, hier à Singapour, ne saurait appartenir à ce type de catégorie. Au contraire, elle tend à montrer que le CIO du XXIe siècle se recroqueville dans sa bulle de savon parfumé au lieu d'aller de l'avant.

Le projet de parc olympique – stade et village des athlètes – à Stratford, banlieue Est de la capitale britannique, obligera plus de 170 PME à déménager, contre un dédommagement financier aléatoire. Pis: les spécialistes prédisent la perte de plusieurs milliers d'emplois dans le quartier, sous prétexte de «réhabilitation urbanistique». La majorité des membres du CIO, à l'évidence, s'en moquent éperdument. Pour un organisme censé défendre les bienfaits sociaux du sport, voilà une grosse tache sur le revers du smoking.

Autre sérieux bémol, Londres a été vertement tancée par la commission d'éthique pour avoir proposé un «don» de 50 000 dollars à chacune des 28 fédérations inscrites aux JO estivaux. Il fut un temps où cette seule idée saugrenue eût suffi à mettre la candidature hors course. Aujourd'hui, le CIO passe dessus comme chat sur braise.

Enfin, les attaques virulentes, aux frontières de la mauvaise foi, orchestrées par les tabloïdes britanniques au détriment des quatre cités rivales – surtout la plus dangereuse, Paris – auraient dû choquer les membres du CIO, en principe soucieux du respect de la Charte, au même titre que la campagne anti-Salt Lake City menée il y a dix ans par Québec, balayée au premier tour de scrutin, en vue des Jeux d'hiver 2002. Eh bien, non. Il s'en trouve pour affirmer que Londres a bien joué le coup.

La victoire londonienne, en dépit de ces nombreux points noirs, indique que la mentalité de la Chambre haute du sport est en train de changer. Franchement, qui oserait prétendre qu'elle va dans la bonne direction?

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