Revue de presse

Les citoyens de Hongkong ne veulent pas baisser la garde

Contre Carrie Lam, leur dirigeante pro-chinoise dont ils exigent le départ, les manifestants continuent à se battre pour préserver les libertés qui leur avaient été promises en 1997

Visage du Mouvement des parapluies en 2014, le militant prodémocratie Joshua Wong, tout juste libéré de prison, vient donc de demander, ce lundi, la démission de la cheffe de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam, au lendemain d’une nouvelle manifestation monstre contre le projet de loi visant à autoriser les extraditions vers la Chine. Ce sont en effet près de deux millions de personnes vêtues de noir qui ont défilé dimanche pendant des heures dans les rues du territoire semi-autonome, selon les organisateurs. Elles réclament toujours le retrait de ce texte controversé.

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Cette fois, «la rupture est consommée entre les Hongkongais et leur dirigeante», clame Courrier international. Mais «il aura fallu attendre la marée humaine de dimanche» pour que Carrie Lam présente – avec «humilité» – ses excuses. Une «insulte», pour les manifestants. Et pour le président chinois, Xi Jinping, «cette affaire est en train de se transformer en casse-tête», selon la presse française citée par l’AFP. Car «soit il répond aux attentes […] et ce sera considéré comme une reculade par les conservateurs du Parti communiste. Soit il se braque en recourant à la répression et il se coupe du pôle d’influence économique que représente Hongkong.»

Sans compter avec l’internationalisation de la question. Déjà bien remonté contre Pékin sur le plan fiscal, Donald Trump a prévenu qu’il l’évoquerait au sommet du G20 à Osaka, à la fin du mois. Et «quand il se livre à ce genre d’exercice, le président américain ne le fait ni du bout des lèvres, ni sur la pointe des pieds». De son côté, «Carrie Lam espérait calmer la rue», mais celle-ci est désormais braquée sur «sa façon de gouverner», écrit le South China Morning Post (SCMP).

Si elle n’arrivera vraisemblablement pas au bout de son mandat, il semble exclu que Pékin la remplace dans le contexte actuel, sans que la population ait son mot à dire, comme cela avait été le cas en 2014, entraînant les manifestations pro-démocratie du Mouvement des parapluies. Les protestataires n’ont donc «pas l’intention de baisser la garde», vu le contexte plus général «d’un expansionnisme et d’un durcissement» dont le régime chinois ne fait même plus mystère. D’où cette «rupture croissante» entre un gouvernement local «sous la coupe des autorités de Pékin» et les habitants de la ville.

La cheffe de l’exécutif «se retrouve de plus en plus isolée», constate le Washington Post. «L’humilité est un exercice difficile quand on est Carrie Lam», ironise pour sa part le SCMP. Elle n’a pas compris que «des tribunaux indépendants et des droits pour ses accusés», ça compte, aux yeux de la Gazeta Wyborcza polonaise. Lorsque la Chine a repris l’exercice de sa souveraineté il y a vingt-deux ans, elle avait promis de préserver l’indépendance pendant cinq décennies, selon la devise «un pays, deux systèmes»:

Or «la Chine a tout simplement été trop loin», écrivent Les Echos. Les «lois d’extradition» remettent purement en cause ce principe, «au moment où Pékin prétend établir progressivement l’état de droit en Chine en agitant le drapeau de la lutte contre la corruption». Rappelons que jusqu'en 2047, la métropole est «censée rester autonome et conserver son indépendance judiciaire, son service public et sa liberté d’opinion». Xi Jinping tiendra-t-il la promesse historique de Deng Xiaoping? A ce propos, certains commentateurs se révèlent beaucoup plus radicaux, comme celui du site Contrepoints.fr, cité par Eurotopics.net.

«Une organisation léniniste»

«La pression constante de Pékin pour «normaliser» Hongkong, dit-il, c’est-à-dire la déposséder de ses libertés et en finir avec son modèle de réussite insolente, est une leçon pour l’Occident. […] Il n’y a pas de modèle «capitaliste autoritaire» chinois, mais une organisation léniniste qui se sert des leçons économiques du capitalisme pour étendre sa domination jusqu’à vouloir en finir avec les avant-postes de la liberté en Asie, mais aussi partout dans le monde.»

Quelle «leçon de courage des manifestants de Hongkong», donc, face à l'«ambition impérialiste» de Pékin! En face, ce que fait le gouvernement hongkongais, c’est «trop peu» et «trop tard, pour les manifestants». Selon la Hong Kong Free Press, «Carrie Lam se contente d’excuses par communiqué de presse, pour «des lacunes dans le travail du gouvernement», mais pas pour son obstination à faire passer sa loi, ou la répression des manifestants par la police. Elle a même insisté sur le fait qu’elle allait continuer à servir les citoyens.» Mais Hongkong n’acceptera pas que la mascarade se poursuive avec cette dame de fer dont le site Ulyces.co raconte l’ascension vers le pouvoir.

«Ceux qui se battent pour sauver tout ce qui n’a pas irrémédiablement basculé du côté de la dictature […] sont malheureusement otages du conflit entre les Etats-Unis et la Chine: des guerres commerciales, des querelles militaires sur les routes commerciales du Pacifique, de la course à la technologie, aux données, à l’intelligence artificielle et à la 5G.» C’est la raison pour laquelle l’éditorialiste de La Stampa de Turin dit que «nous devons soutenir cette manifestation, qui est tout à fait louable».

Un caractère universel

Pour le quotidien allemand Die Welt, enfin, ce conflit a même un caractère universel: «Au point de jonction entre Hongkong […] et la Chine continentale, ce sont deux univers qui s’affrontent: la dictature confucéenne, qui souhaite façonner citoyens et médias à son image, et le monde occidental, avec son concept de liberté pensé et vécu. Il ne s’agit pas d’une révolte en marge de la planète, mais bien d’une lutte pour les peuples et le pouvoir à l’épicentre de la révolution numérique. Le mouvement de révolte qui a eu lieu il y a trente ans place Tiananmen […] inspire une nouvelle génération, […] qui devient ainsi le laboratoire de l’avenir.»

En vidéo: Tiananmen: des tanks contre la démocratie


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