C’est une affaire qui résume bien les contradictions qui règnent actuellement autour du secteur bancaire. L’enquête de plusieurs médias, américain, italien, allemand, belge et autres, a révélé les faiblesses de l’une des bases de données fétiches des banques, et en particulier des banques suisses.

Des noms qui seraient trop vite glissés dans les mauvaises catégories, des mises à jour qui traîneraient lorsqu’une personne est blanchie, des «PEP» (des personnes dites exposées parce qu’elles ont un rôle politique) qui n’en seraient pas vraiment… Dans les millions de noms qui figurent dans la base de données World-Check, entretenue par Thomson Reuters, il y aurait quelques imprécisions. Est-ce une surprise? Pas vraiment, tant le travail de maintenance d’une telle ressource est immense et tant il est facile d’être débordé.

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Banquiers et employeurs

Les conséquences peuvent néanmoins être plus qu’embarrassantes. D’une part, parce que des banques pourraient aller trop vite en besogne et décider de fermer les comptes d’un client ou de refuser l’ouverture à un nouveau client. D’autre part, parce que les banques ne sont pas les seules à compter sur cette base de données: de potentiels futurs employeurs l’utilisent aussi. Certes, il est possible de demander à être retiré de la liste. Mais l’expérience montre que cela n’est pas toujours facile.

Tout cela se produit dans un contexte où l’on ne pardonne plus aux banques les mauvais castings de leurs clients. La présence de noms liés à des scandales de corruption, de blanchiment d’argent ou autres dans des établissements helvétiques suscite toujours plus de réactions. Les affaires 1MDB (du nom du plus grand scandale financier asiatique) et Petrobras (le géant pétrolier brésilien, qui a emporté une partie de la classe politique du pays dans la tourmente) ont eu des ramifications à Genève, Lugano ou Zurich; elles montrent qu’il y a encore du travail à faire et que l’opinion publique n’a plus de patience à cet égard. La dépendance des banques vis-à-vis de ce genre d’outils est donc toujours plus grande.

Un PEP n’est pas toujours un PEP

Tous les experts de la compliance – ces métiers bancaires qui se sont multipliés ces dernières années pour faire en sorte que les banques ne laissent pas entrer ou s’installer des clients indélicats – connaissent cependant les limites de ces bases de données, qui reposent sur des sources officielles et officieuses. Ils soulignent par exemple qu’un PEP classé comme tel par World-Check n’est pas nécessairement un PEP au regard de la loi suisse et, donc, qu’il n’est pas nécessairement à bannir de leur établissement. Ils savent aussi que les sources d’information sur lesquelles se base World-Check ne sont pas toujours dignes d’une confiance aveugle. Ils doivent donc trouver l’équilibre délicat de la prudence.

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