Les pieds dans le plat

Climat: le calvaire annoncé a commencé!

Au vu des catastrophes environnementales qui se succèdent, les prévisions des climatologues s’avèrent cruellement exactes, souligne notre chroniqueur David Hiler. Si les climatosceptiques n’en démordent pas, des progrès sont toutefois notables dans plusieurs Etats pour limiter les émissions de CO2

L’année 2017 n’est pas terminée, mais elle a déjà confirmé les pires craintes que l’on pouvait avoir sur les effets du réchauffement climatique sur les sociétés humaines. Les prévisions des climatologues s’avèrent cruellement exactes et nous sommes maintenant confrontés à des certitudes plutôt angoissantes.

Première évidence, l’hémisphère Nord ne se sera pas épargné par les effets du réchauffement climatique. Chaque été, avec une régularité métronomique, des dizaines de milliers d’hectares de forêts sont réduites en cendres en Californie, au Portugal, en Espagne et en France. Les dégâts des inondations sont de plus en plus importants, avec quelques épisodes spectaculaires comme celui des inondations de Paris.

Le nord de la Californie, non loin de la mythique Silicon Valley, a connu les plus importantes inondations depuis un siècle. Notre pays, largement épargné par les catastrophes naturelles, voit ses glaciers reculer beaucoup plus vite que ce qui était prévu. Les glaciologues n’hésitent plus à annoncer la disparition à brève échéance des petits glaciers.

Climatosceptiques toujours sceptiques

Deuxième certitude, la recrudescence des catastrophes, pas plus que les relevés météorologiques, n’ébranle pas les convictions des climatosceptiques. Donald Trump n’a pas changé d’avis et, ce qui est plus grave, 52% des Américains non plus. La pérennité du GIEC est d’ailleurs menacée par le retrait du financement américain: empêcher les scientifiques de faire leur boulot, pour mieux se cacher la tête dans le sable, c’est ce que la première puissance mondiale, déclinante, a trouvé de mieux à faire.

Chez nos voisins français, tout n’est pas rose non plus. Les médias français ont certes insisté sur le lien entre la violence du cyclone Irma et les changements climatiques. Nicolas Hulot a par bonheur pu s’exprimer longuement au journal du soir de France 2. Mais le reste de la classe politique s’est complu dans des critiques politiciennes, sur la décision de prépositionner l’armée en Guadeloupe plutôt qu’à Saint-Martin, sans vraiment thématiser l’urgence de la transition énergétique.

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Troisième certitude, dans un premier temps, les effets du réchauffement climatique, dans les sociétés riches, seront surtout économiques. Le nombre de morts et de disparus dans les deux îles françaises est équivalent à celui des décès causés par les accidents de la route en France pendant deux jours. Les sociétés riches ont, pour un temps, les moyens de limiter les dégâts humains causés par les catastrophes dites naturelles, comme l’a démontré la Floride avec son plan d’évacuation XXL.

La facture s’annonce en revanche salée. On parle de 1,2 milliard pour Saint-Martin et Saint-Barthélemy, mais l’addition sera certainement beaucoup plus importante. Reconstruire à l’identique serait absurde. Il faudra respecter des standards anticycloniques beaucoup plus élevés.

Quant aux bonnes nouvelles

Les derniers travaux des scientifiques sur les conséquences du réchauffement climatique, dans le cas où rien ne serait entrepris pour réduire drastiquement les émissions de CO2, ne sont pas plus rassurants. On savait déjà que le nombre de victimes dans l’hémisphère Sud serait dramatiquement élevé et que des pays densément peuplés comme le Bangladesh seraient en partie submergés par les eaux.

On n’ignorait pas non plus que la protection des mégapoles côtières (New York par exemple) aurait un coût prohibitif. On apprend maintenant qu’une bonne partie de l’Asie du Sud-Est deviendrait inhabitable et que le climat du sud de l’Europe serait à peu près identique à celui que connaît le Maroc aujourd’hui.

Il y a aussi quelques bonnes nouvelles, heureusement. L’Accord de Paris résiste au retrait des Etats-Unis. Après l’interdiction des moteurs à combustion interne (essence et diesel) décidée par la Norvège et les Pays-Bas pour 2025, on apprend que l’Allemagne devrait fixer l’échéance à 2030, la France et le Royaume-Uni à 2040. Mieux encore, l’Inde a annoncé l’interdiction de ce type de moteurs pour 2030 et la Chine songe à prendre une mesure identique.

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