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Le climat au cœur de vos écrits

VOS LETTRES. Face à l’urgence climatique, des lecteurs partagent leur regard et opinion sur le sujet

Vos commentaires sont les bienvenus! Vos lettres ne doivent pas excéder 1500 signes (espaces compris). lecteurs@letemps.ch

Un fonds pour le climat? Laissez-moi vous convaincre

Fabrice Bourquenoud, La Tour-de-Trême

Il y a peu le conseiller Christian Levrat (PS/FR) a proposé 12 milliards pour le climat, ce qui a attiré mon attention de gréviste du climat. A part le fait que M. Levrat ne semble pas avoir compris que casser un atome d’uranium en deux et coller deux oxygènes sur un carbone sont des choses différentes, ce fonds semble être un bon début. Mais pourquoi se limiter à 12 milliards?

Laissez-moi vous convaincre qu’un fonds plus fourni serait avantageux pour l’économie suisse. Depuis quelques années, la frilosité des investisseurs a poussé la Banque nationale suisse (BNS) à abaisser ses taux d’intérêt au point de les rendre négatifs, ce qui n’a pas manqué de grever la profitabilité des banques. Pourquoi ne pas transformer cette faiblesse de notre économie en force?

En effet, si un fonds de transition écologique se mettait à émettre massivement des obligations à 0% avec la garantie d’Etat, il serait possible pour nos banques d’investir dans un produit financier aussi sûr que la monnaie tout en contournant le problème des taux négatifs. Ainsi, les banques pourraient augmenter leur compétitivité, tout en finançant massivement la transition écologique, et ce, sans augmenter les taxes.

De plus, le remboursement par l’Etat ne serait pas problématique puisque les obligations seraient à taux zéro et que la dette pourrait donc être roulée sans coût aussi longtemps que les taux restent négatifs, ce qui permet de repousser le remboursement lorsque c’est nécessaire. Bien entendu, cela implique que la BNS garantisse que les taux resteront strictement négatifs.

Si cet argent est alloué intelligemment – soit pour des trains Stadler plutôt que pour des Teslas américaines, du bois suisse plutôt que du solaire chinois – alors nous aurons réussi le défi de financer une transition écologique bénéfique pour l’économie et sans coût pour le contribuable.

Consultez notre page spéciale sur le défi climatique

Les agriculteurs et les Verts, le malentendu

Claire Jaquier, membre du mouvement «Grands-parents pour le climat»

Voyant débarquer les initiatives qui les mettent en cause, les agriculteurs ont apparemment de bonnes raisons d’en vouloir à la mouvance verte. C’est un grand malentendu.

Il y a parmi les Verts quelques adeptes des méthodes chocs, mais il y a beaucoup plus de citoyens ou citoyennes qui défendent les paysans, considérant le rôle primordial qu’ils jouent dans la production locale de notre alimentation, le soin qu’ils prodiguent aux sols et leur rôle dans le maintien de la biodiversité. La Suisse se positionne derrière l’Autriche et la Suède, mais détient un pourcentage de surfaces cultivées en bio en constante progression.

Bien placés pour constater les effets du changement climatique, les paysans – les jeunes en particulier – sont conscients des réalités écologiques et de la nécessaire évolution des pratiques de culture et d’élevage. Peut-on demander aux paysans d’être plus rapidement vertueux que les autres secteurs de l’économie, quitte à compromettre leurs revenus?

Qui d’entre nous, fonctionnaire ou employé du tertiaire, ouvrier ou employé de commerce, changerait d’emploi parce que son employeur contribue aux investissements dans les énergies fossiles? Que dire de cet éleveur de taureaux vaudois (édition du Temps du 20.092019) qui parle ainsi de ses animaux: «Ils sont malheureux, c’est vrai. […] Je les aime mes bêtes, même si je sais où elles vont»? Nous composons tous entre nos intérêts actuels et notre conscience écologique. La plupart des agriculteurs font de leur mieux. Qu’ils le sachent, les Verts les aiment et les soutiennent.

Les agriculteurs-pollueurs doivent payer

Michel Bloch, conseiller communal La Tour-de-Peilz (PS), expert en développement durable

Aussi bien le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat que l’Office fédéral de l’énergie nous annoncent jour après jour que notre environnement est pollué et notre climat chamboulé à cause des gaz à effet de serre. Alors, que faire?

Blâmer les agriculteurs dans une situation économique très délicate parce qu’ils utilisent de l’atrazine ou d’autres pesticides, c’est se tromper de cible. L’essentiel est de prendre le problème à sa source, d’aller vers une agriculture durable soutenue par des mesures incitatives et pénaliser les autres. C’est le principe basique du pollueur-payeur.

Concrètement: l’agriculteur bio reçoit un bonus pour son choix, un label bio subventionné qui lui donne droit à une compensation financière proposée pour perte de rendement, ou bien un allègement de la fiscalisation du travail.

L’agriculteur conventionnel paie, quant à lui, un supplément pour les impacts qu’il provoque sur l’environnement. Et ce dernier finance l’application de mesures pour les agriculteurs bios. Cela incite alors à se reconvertir rapidement vers le bio.

Ainsi, le prix du légume bio n’aurait aucune justification pour être plus cher que le conventionnel, sauf si l’Etat ne jouait pas son rôle de régulateur. On pourrait ainsi arriver, dans un laps de temps raisonnable, à un objectif de 80% de bio pour 20% d’agriculture raisonnée. A vous de jouer avec votre vote citoyen!

Du «Greta-bashing» et des hommes

Christine Moichon, Renens

Qu’a donc bien pu faire Greta Thunberg, 16 ans, pour susciter une telle déferlante de scepticisme, de critiques et de haine? Elle agit.

Mettant crûment en lumière l’inaction, tant du monde politique englué dans sa passivité face à l’urgence climatique que de tous ceux qui laissent faire ou ne font rien en continuant à vivre dans un monde qui dérive dangereusement. Ce qu’ils disent ne pas vouloir, mais qu’ils acceptent néanmoins, car ils sont confits dans leur confort, reclus dans le cocon de leur indifférence.

Bien plus trivialement, cette pyramide de boue ne serait-elle pas l’expression de l’envie dévorante de tous ces adultes – décevants philosophes, désolants politiciens, sombres citoyens – qui n’ont jamais été et ne seront jamais autant sollicités que ne l’est la toute jeune Greta Thunberg?

Choqué par la décision des autorités

Ulrich Hagnauer, membre du mouvement «Grand-parents pour le climat», Steffisburg

Les prévisions scientifiques se sont réalisées: la crise climatique provoquée par l’Homme est devenue une réalité. Déjà aujourd’hui, et à l’avenir, cela entraînera des catastrophes, des souffrances humaines et des morts. Même en Suisse, les vagues de chaleur provoquent une mortalité accrue des personnes âgées. Et ensuite?

D’un côté, certaines banques, compagnies d’assurances et fonds de pension, – pour des raisons purement financières – investissent dans les combustibles fossiles dont il est prouvé qu’ils mettent en danger des vies humaines.

De l’autre, les activistes du climat – avec des motivations idéalistes – se soucient de l’avenir des êtres humains et de notre planète. Après des décennies de discussions, de conférences et de manifestations infructueuses, ils bloquent sans violence l’accès aux locaux de certaines banques.

Alors, contre qui le pouvoir judiciaire doit-il agir? Contre ceux qui aggravent la «maladie» pernicieuse qui met nos vies en danger et surtout celles de ceux qui nous suivent? Ou contre les personnes qui attirent l’attention sur le thermomètre et sur l’existence de cette maladie?

On n’arrête pas le progrès

Jurek Estreicher, Confignon

Le professeur émérite Stéphane Garelli ironise dans vos colonnes sur le mouvement actuel d’opposition au trafic aérien (lire l’édition du Temps du 22.06.2019). Certes, dit-il en substance, l’avion pollue, mais on est désormais en plein «psychodrame».

Faudrait-il donc en arriver, s’étrangle-t-il, à une augmentation des taxes sur les billets, le carburant ou les droits d’atterrissage? A une interdiction des vols sur de petites distances et à une réintroduction des trains de nuit? «Incontestablement, concède votre invité, les voyages en avion sont polluants». Qu’y faire alors?

Monsieur Garelli ne voit qu’une solution réelle, le rêve ou la cantilène de tout technocrate: «améliorer leur efficacité énergétique». Mais, ajoute-t-il dans la foulée, il faut bien se rendre compte qu’il s’est toujours trouvé face à des réactionnaires grincheux pour s’opposer aux nouveautés. «Quand les premiers trains ont circulé au XIXe siècle, il y a eu plusieurs accidents mortels.»

Seulement voilà, on ne parle pas du même genre de choses. Elevé à un niveau de consommation de masse, le trafic aérien est en train de détruire la vie sur la planète. Et il faudrait s’en accommoder? Parce qu’on n’arrête pas le progrès.

De l’audace

Christine Moichon, Renens

L’urgence climatique exige que nous soyons dans un état de mobilisation générale. Elle demande que nous y répondions avec clairvoyance, ambition, imagination et créativité. Et pour faciliter l’indispensable conversion qu’elle appelle, il faut des incitations efficaces et positives. J’ai alors deux suggestions.

La première est que le parlement décide de munir en 2020 tous les Suisses d’un abonnement général CFF financé par les milliards de bénéfices de la Confédération. Cet investissement pourrait transformer les habitudes de mobilité, peut-être même plus rapidement qu’une taxe sur l’essence.

La seconde – sur la base de ce que dit le conseiller national écologiste Daniel Brélaz: «En équipant simplement 5 fois la surface de la Suisse en panneaux solaires, on couvrirait les besoins de toute l’humanité» – qu’en septembre, lors du sommet de l’organisation des Nations unies sur le climat, que la Suisse soit audacieuse. «L’audace a du génie, du pouvoir, de la magie», disait Goethe.

Que la Suisse suscite une déferlante pour que cette solution soit immédiatement financée et réalisée. Et notre pays aura l’appui d’Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, celui-ci s’étant engagé, dans son discours de septembre 2018 à New York devant l’ONU, à soutenir tous les dirigeants qui relèvent le défi climatique.

Les «terres rares»

Serge Ansermet, Vevey

En juin dernier, votre journal consacrait quelques lignes aux terres rares, ces métaux indispensables aux nouvelles technologies, qu’elles soient numériques ou vertes, telles que les éoliennes ou les voitures électriques.

La plupart des puissants aimants des moteurs électriques sont produits avec des terres rares, dont le néodyme. Curieusement, ce sujet n’est jamais évoqué dans le cadre de la transition énergétique. Pourtant, il paraît de plus en plus évident que notre affranchissement du pétrole va se payer au prix d’une dépendance de plus en plus forte à ces métaux: le cobalt, le tungstène, l’indium, le gallium et bien d’autres. Or les impacts environnementaux de l’extraction de ces matières sont énormes.

Pour les dissocier du minerai et des autres métaux, on recourt à des techniques faisant un copieux usage de produits chimiques. Une grande partie de cette production est effectuée en Chine et les conditions d’exploitation n’y sont pas optimales. Alors, pourquoi ne pas la rapatrier chez nous? Ces terres sont présentes sur tout le globe, même en Suisse.

Arrêtons ainsi de délocaliser notre industrie polluante. Quant au recyclage, il reste actuellement marginal: seuls 18 des 60 métaux rares le plus utilisés sont recyclés à plus de 50%. Il est plus rentable de les extraire du sol. On peut, par ailleurs, douter que les métaux recyclés suffisent à répondre à nos besoins grandissants.

Trieuse de déchets dépassée par le plastique

Catherine Daloz, Wohlen

A l’heure où on nous bombarde d’informations sur les catastrophes climatiques à venir et sur la pollution par le plastique, on nous promet des tas de mesures, à plus ou moins long terme. En tant que citoyens, nous avons peu de poids face aux lobbies et aux multinationales. Trieuse de déchets de la première heure, je constate que mes poubelles prennent de plus en plus de place, bien que j’essaie de diminuer ma consommation de plastiques à usage unique.

N’ayant pas de magasin de vente en vrac près de chez moi, je ne peux que fréquenter le marché avec mes sacs en tissu et autres contenants, mais la grande distribution dont je suis dépendante continue de suremballer la plupart des produits que je consomme. A quoi bon acheter bio si les fruits et légumes sont empaquetés dans du plastique? Pourquoi le papier toilette 100% recyclé est-il vendu dans un sac en plastique? Il me faudrait des pages et des pages pour énumérer les absurdités de notre société de consommation.

On ne pourra pas diminuer l’impact négatif de l’industrialisation sans changer profondément nos habitudes et bousculer notre confort. Mais qu’on ne vienne pas nous dire que vendre des objets de la vie courante, sans les insérer dans une gangue de polymère, va altérer notre qualité de vie. Il suffirait d’un peu d’imagination et de bonne volonté pour diminuer notre consommation insensée de plastique et réduire la quantité de déchets qui en découle.


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