Editorial

Climat: les espoirs suscités par Xi et Obama

Les deux plus grands pollueurs du monde prennent le destin de la planète en main. Quitte à dépasser leurs profondes divisions. Le symbole est fort: c’est au côté de Barack Obama à la Maison-Blanche que le président chinois a annoncé la création du plus grand marché de carbone du monde pour 2017. Dans le même temps, le président américain, dont la lutte contre le changement climatique est devenue une priorité de sa fin de mandat, a réaffirmé les objectifs américains de réduction des gaz à effet de serre d’ici à 2030.

Le moment est historique tant il est l’expression d’un changement de paradigme. Politiquement, Chinois et Américains semblent vouloir assumer la responsabilité qui incombe aux deux premières puissances mondiales. Ils pourraient inciter les plus récalcitrants, comme l’Inde, à changer de cap.

Après le ton alarmiste adopté début septembre par le président François Hollande, qui a mis en garde contre un possible échec de la conférence sur le climat de Paris (COP21), le couple sino-américain change la dynamique du débat et obtient au même moment le soutien spirituel du pape François. Le même jour, le souverain pontife a livré un puissant plaidoyer, après son encyclique de juin, en faveur du climat à la tribune de la 70e Assemblée générale de l’ONU. Il y a souligné les limites éthiques que l’homme doit se fixer par respect pour la nature, bien divin.

Pourquoi un tel «momentum»? Pour Xi Jinping, l’initiative de vendredi présente plusieurs avantages. Elle montre aux mécontents qui souffrent de la grave pollution sévissant dans les villes chinoises que le pouvoir prend les choses en main. Elle indique aussi que Pékin, qui a investi plus que n’importe quel autre pays dans l’énergie solaire, entend jouer les premiers rôles à Paris et en tirer des bénéfices géopolitiques. Pour Xi Jinping, le coût politique de l’inaction serait sans doute très élevé.

Pour Barack Obama, il en va de son bilan et d’une conviction personnelle. Au sujet du climat, la Chine devient soudain son meilleur allié. En plaçant le climat en haut de leur agenda, les deux présidents ne garantissent pas un succès de la conférence de Paris en décembre. Les obstacles pour conclure un accord ambitieux restent nombreux. Mais ils créent un espoir légitime d’écarter le syndrome de Copenhague. Aux Européens maintenant de s’affirmer. Afin de ne pas rester, comme en 2009, hors de la salle où négociaient Chinois et Américains.