Opinion

Climat: les jeunes ont raison, c’est le moment d’agir!

OPINION. Les 8000 jeunes qui ont manifesté vendredi dernier à Lausanne sont inquiets et ils ont raison, écrit Isabelle Tasset Vacheyrout, coprésidente du PDC Vaud. Pour agir, il faut commencer par changer ses propres habitudes.

«A quoi bon étudier si nous n’avons pas d’avenir?» Les 8000 jeunes qui ont manifesté vendredi dernier à Lausanne sont inquiets et ils ont raison. Si le réchauffement climatique atteint 2 °C, l’habitabilité de notre planète est en danger. Malgré cette urgence, les pays traînent des pieds y compris la Suisse: les mesures contraignantes font peur car elles coûtent cher. C’est pourquoi il faut explorer une autre piste: que chacun devienne plus écoresponsable. Problème: tout le monde connaît les écogestes mais peu les pratiquent. Une récente étude indique comment enfin les intégrer dans notre quotidien.

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La hausse de la température moyenne de la terre ne doit pas dépasser 1,5 °C par rapport au début de l’ère industrielle selon une étude du GIEC d’octobre 2018. En effet, dès +2 °C, les choses se gâteraient: le niveau de la mer monterait de 36 à 87 cm d’ici à 2100, la banquise arctique fondrait, 16 à 18% des plantes et insectes perdraient leur habitat, tandis qu’une météo faite de sécheresses, de canicules et de pluies torrentielles menacerait la vie et l’agriculture dans de nombreuses régions. Au rythme actuel, cette limite sera atteinte vers 2040.

Les émissions des ménages

Le défi est considérable. Il s’agit de réduire les émissions de CO2 de 45% d’ici à 2030 et de parvenir à la neutralité carbone en 2050, selon les mêmes experts. Aujourd’hui, les engagements des 183 pays ayant ratifié l’Accord de Paris sur le climat permettront de limiter le réchauffement à 2,7 °C. Et ce, à condition que tous les pays mettent en œuvre les mesures prévues et installent des processus de mesure fiables.

La Suisse s’est engagée d’ici à 2030 à réduire ses émissions de 50% par rapport à 1990. Sauf que la loi sur le CO2 raisonnablement ambitieuse de la conseillère fédérale PDC Doris Leuthard a été rejetée par le Conseil national en décembre dernier. L’affaire se discute désormais au sein de la Commission de l’énergie du Conseil des Etats. Certains veulent en faire plus, d’autres estiment que cela suffit. Depuis 1990, malgré une croissance importante de l’économie (+ 50% du PIB) et de la population (+20%), les propriétaires de logements et l’industrie (source de la moitié du CO2 émis) ont abaissé leurs émissions respectivement de plus de 30% et 15% (OFEV). Un Suisse génère en moyenne 4 fois moins de CO2 qu’un Etasunien (Economiesuisse). Chez nous, avec un tel niveau d’efficacité énergétique, tout effort supplémentaire coûte cher.

Suis-je altruiste et prêt à faire un geste pour la collectivité? Ai-je envie de renoncer à ma douche confortable de 10 minutes?

Considérons les choses autrement: 50% des émissions proviennent des ménages. Changer nos habitudes représente donc un gros potentiel d’économies qui n’a pourtant jamais été vraiment concrétisé. Car il existe souvent un fossé entre l’intention (sauver la planète) et l’action au quotidien. Pourquoi? La conscience du changement climatique et le niveau d’information varient d’une personne à l’autre. Investir dans des équipements vertueux est souvent plus coûteux. Et puis de nombreux facteurs psychologiques influencent nos décisions. Suis-je altruiste et prêt à faire un geste pour la collectivité? Que pensent mes amis des économies d’énergie? Ai-je envie de renoncer à ma douche confortable de dix minutes? Pourquoi faire tous ces efforts alors que je serai mort en 2050? Résultant de multiples facteurs, nos décisions ne sont pas rationnelles, selon le Centre de recherche énergie, société et transition (Crest).

Densification du logement

En 2018, les travaux du Crest ont débouché sur cinq recommandations pour améliorer nos habitudes (White Paper n° 4). 1) Abandonner toute approche globale: pour être entendu, il faut une communication et des mesures adaptées à chaque profil de consommateur. 2) L’information doit être concrète: une app qui donne la consommation d’électricité permet de faire le lien entre l’effort fourni et le résultat. 3) Multiplier les nudges. Ces outils suscitent des décisions positives sans trop d’efforts: possibilité d’opter pour de l’électricité verte, simplification du choix grâce à un label, référence à une norme sociale (ex: 75% des clients hôteliers utilisent leurs draps de bain plusieurs fois). 4) Travailler avec des médiateurs de confiance, comme les associations sportives, pour privilégier par exemple le vélo à la voiture. 5) Enfin, promouvoir la densification du logement qui réduit considérablement les déplacements et les besoins de chauffage.

Ces propositions pourraient nous aider à devenir des consommateurs plus vertueux sans impacter notre confort. Elles pourraient accompagner et renforcer la nouvelle loi sur le CO2 et alléger la pression à davantage de mesures contraignantes sur les citoyens et l’économie. Tout en inspirant d’autres pays.

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