Editorial

Climat: l’urgence d’une mobilisation tous azimuts

Au WEF de Davos, face aux élites économiques mondiales, les scientifiques martèlent la nécessité d’agir plus vite et plus massivement pour infléchir l’évolution négative du climat

Greta Thunberg à Davos. Un symbole aussi fort qu’inquiétant. L’adolescente suédoise venue en train dans la station grisonne inspire des milliers d’étudiants, qui descendent dans la rue pour protester contre l’immobilisme des gouvernants en matière de lutte contre le changement climatique. Dans le même temps, les élites économiques mondiales discutent bien d’une thématique désormais incontournable. Mais le débat est aujourd’hui loin de suffire. L’action est devenue non seulement urgente, mais vitale. Selon des experts, il y aura eu, cette semaine, plus de 1500 mouvements de jets (avions) vers et à partir de Davos. Une empreinte carbone qu’il est difficile de chiffrer, mais qui met en lumière une grande hypocrisie.

La mobilisation des jeunes est donc salutaire tant elle met le doigt sur les limites des politiques climatiques actuelles et sur le manque de courage des politiciens. Notamment en Suisse, où ils sont toujours incapables, pour l’heure, d’adopter une loi sur le CO2 digne de ce nom. Vu l’urgence, les scientifiques, dans leur écrasante majorité, nous disent qu’il faudra en faire beaucoup plus. La mobilisation doit être globale: les Etats, les milieux économiques – en investissant dans la technologie et les énergies renouvelables –, les ONG, les organisations internationales, la société civile et, en fin de compte, chacun d’entre nous. Pour réussir à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C selon les recommandations du GIEC, il faudra réduire de moitié les émissions de dioxyde de carbone d’ici à 2030 et de 100% d’ici à 2050. L’effort doit être collectif, et donc multilatéral. Un défi à l’heure des souverainistes Trump et Bolsonaro, qui ont fait du climatoscepticisme leur marque de fabrique.

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Mais tout n’est pas sombre. Il y a des progrès. Aux Etats-Unis, en dépit de Trump, villes et Etats continuent de se conformer aux objectifs de l’Accord de Paris. En Allemagne, la «Commission charbon» doit décider à partir d’aujourd’hui si elle recommande une sortie immédiate de cette énergie fossile. Le Costa Rica, qui produit déjà 98% de son énergie avec du renouvelable, s’engage à décarboniser totalement son économie d’ici à 2021.

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La remise en question doit être profonde. Croire que seule la technologie permettra de nous sauver de l’irréparable est une illusion. Les modes de production alimentaire devront aussi être revus de fond en comble, car non seulement ils génèrent de puissants gaz à effet de serre, mais ils limitent aussi les capacités d’absorption des «puits de carbone». Déforester pour élever du bétail devrait être une pratique proscrite. Les océans, dans lesquels on déverse près de 10 millions de tonnes de plastique par an, doivent être mieux protégés. La liste des tâches à accomplir est longue. Mais vitale.

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