Éditorial

Climat: la nécessité d’un «New Deal» vert

ÉDITORIAL. Alors que le sommet de Katowice (COP24) s’achève vendredi, les nouvelles au sujet de la lutte contre le changement climatique sont mauvaises. Malgré cela, il y a des raisons d’être optimiste

Sur le front du climat, il ne faut pas se le cacher: à l’heure où près de 200 Etats en débattent à Katowice, en Pologne, les nouvelles sont mauvaises. Après l’euphorie qui a suivi la conclusion de l’Accord de Paris en décembre 2015, c’est le désenchantement. Les promesses ont volé en éclats. Les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 2,7% cette année, atteignant un nouveau pic. La planète reste accro aux énergies fossiles.

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L’Asie, moteur de la croissance mondiale, consomme les trois quarts du charbon utilisé sur la planète. Parmi les 1200 centrales à charbon en construction ou planifiées, plus de 75% sont en Asie. La Chine brûle la moitié du charbon du globe. D’autres pays d’Asie, dont l’Inde, sont sur une trajectoire inquiétante. Les Européens et la Suisse ne respectent pas non plus leurs engagements. L’Amérique de Trump et le Brésil de Bolsonaro n’acceptent même pas la réalité du changement climatique. Or les données scientifiques sont implacables: il faudrait réduire de trois quarts le recours au charbon pour limiter le réchauffement de la planète à moins de 2 degrés Celsius.

Le constat est désespérant. Et pourtant, il y a des raisons de nourrir un certain optimisme.

Nombre d’acteurs de l’économie ont compris que le court terme en matière d’énergie est suicidaire. Pour eux, la transition vers une économie décarbonée est une formidable opportunité. Malgré des politiques étatiques peu soucieuses de l’environnement, ces acteurs investissent massivement dans les énergies propres, seule garantie d’une durabilité de leurs affaires. En Californie, les emplois dans le renouvelable se chiffrent déjà à plus d’un demi-million, alors qu’ils se limitent à quelque 65 000 pour tout le secteur du charbon aux Etats-Unis.

Les faits sont là. Selon un rapport publié il y a peu par 13 agences fédérales américaines, plusieurs secteurs vont essuyer des pertes de centaines de milliards de dollars si l’inertie en matière de politique climatique perdure. La Chine, malgré sa forte empreinte carbone, est le premier investisseur mondial dans l’éolien et le solaire. La pollution dans les métropoles chinoises est devenue un problème explosif. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement a décidé mercredi de ne plus financer de projets liés au charbon et à l’exploration pétrolière. Les investisseurs institutionnels se détournent de façon croissante des énergies fossiles.

Les villes, fortement touchées par le réchauffement, s’affirment en moteur du combat. Confrontée à l’angoissante réalité du changement climatique, la société civile se mobilise et multiplie les initiatives pro-climat. La prise de conscience individuelle induit un changement de paradigme. Ce sont peut-être les bases d’un futur sursaut des politiques publiques, qui se fait cruellement attendre aujourd’hui.

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