Qu’est-ce qui est juste, qu’est-ce qui est excessif? Les réformistes (dont je suis par certains côtés) peinent à estimer raisonnables les démarches perturbantes, bloquantes, comme la récente grève de la faim de Guillermo Fernandez, un informaticien de 47 ans, sur la place Fédérale. Devant – et contre – la désobéissance civile, on invoque l’excellence de notre culture civique, dont la lenteur serait gage de décisions adéquates. Alors que beaucoup, parmi lesquels le secrétaire général des Nations unies, pensent que la gravité de la situation climatique demande des mutations majeures sans délai. Mais, comme le relève Nicolas Senn, professeur de médecine de famille à Unisanté, à Lausanne, «oui, il y a urgence, mais force est de constater qu’il y a urgence et urgence. D’un côté celle de l’ambulance, tout le monde respecte et applaudit. De l’autre les urgences invisibles, visibles seulement par ceux qui savent regarder.»