Opinion

Les cliniques de déshomosexualisation en Equateur: des centres de torture

En 1991, l’OMS a retiré l’homosexualité de sa classification des troubles mentaux. Plus de vingt-cinq ans plus tard, l’Equateur compte des dizaines de cliniques de déshomosexualisation dans lesquelles les familles font interner leurs membres jugés déviants afin de les soigner

«Ils m’ont dit qu’il était interdit de s’échapper, de voler et d’être lesbienne.» Zulema Constante, ex-internée d‘une clinique de réorientation sexuelle.


En 1991, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a retiré l’homosexualité de sa classification des troubles mentaux. Plus de vingt-cinq ans plus tard, l’Equateur compte des dizaines de cliniques de déshomosexualisation dans lesquelles les familles font interner leurs membres jugés déviants – souvent mineurs et presque toujours contre leur gré – afin de les «soigner».

Ces cliniques témoignent de la grande homophobie qui règne dans ce petit pays andin, véhiculée par les conservateurs et les fondamentalistes religieux, fervents défenseurs de la famille traditionnelle.

Des centres de torture

Lorsque Zulema Constante s’installe avec sa partenaire, ses parents, prêts à tout pour la «soigner», décident d’intervenir. La jeune fille sera extirpée de force d’un véhicule et emmenée à une clinique au sein de laquelle elle demeurera enfermée 21 jours.

Pour corriger la sexualité de leurs patients, les (mal nommées) cliniques recourent à une batterie de violences qui incluent viols correctifs (viols visant à faire changer l’orientation sexuelle d’une personne), électrochocs, coups, enfermement et humiliations. Une ex-internée raconte que les plus fortes têtes sont isolées, assises sur une chaise face à un mur de 7 heures du matin à 6 heures du soir. «C’est une tombe, tu meurs assise ici», dit-elle avec résignation.

Les cliniques recourent aux viols correctifs, électrochocs, coups, enfermement et humiliations

En 2017, le Comité contre la torture des Nations unies a indiqué être préoccupé par les traitements que ces cliniques infligent à leurs patients et enjoint au gouvernement de lutter activement contre la discrimination des personnes LGBTI.

Une activité rentable

Au-delà du religieux, un des élans fondamentaux de la création et propagation des cliniques est l’argent. Un mois de traitement coûte 800 dollars, une somme conséquente dans un pays où le salaire minimum est de 375 dollars par mois. Les revenus élevés qu’elles génèrent peuvent être utilisés à des fins de corruption; la clinique dans laquelle Zulema a été enfermée était ainsi gérée par une fonctionnaire du Ministère de la santé.

Afin d’obtenir les permis nécessaires à leur fonctionnement, les près de 200 cliniques se font passer auprès des autorités sanitaires pour des centres de traitement d’addiction à l’alcool et autres drogues.

En 2012, conduit par la ministre Carina Vance – ex-directrice du collectif lesbien féministe Fundación Causana –, le Ministère de la santé s’engage dans une lutte ouverte contre ces cliniques. Mais la tâche est compliquée; d’une part du fait de l’existence de cliniques clandestines sur lesquelles il n’existe aucune statistique officielle, et d’autre part en raison des attributions limitées du Ministère de la santé. La loi organique de la santé restreint en effet ses compétences à la fermeture de cliniques pour des raisons de salubrité ou faute de permis: l’institution et ses fonctionnaires n’ont aucune autorité en cas de violation des droits de l’homme.

Un mal persistant et international

Pour tenter de pallier ces carences, les pouvoirs exécutif et judiciaire ont récemment approuvé un processus interinstitutionnel de dénonciation des cliniques et d’attention intégrale à leurs victimes. Le bilan reste très mitigé, le fait qu’à cette date aucune poursuite judiciaire liée aux cliniques n’ait abouti à une condamnation illustre l’impunité dont jouissent les personnes qui violent les droits des personnes LGBTI en Equateur.

Le chemin vers la fermeture définitive des cliniques paraît long dans un pays qui, en 1998, avait pourtant été le premier de son continent à inclure dans sa Constitution l’orientation sexuelle comme catégorie protégée contre les discriminations. La «correction» de l’homosexualité par la torture n’est pas une exclusivité équatorienne, l’ONG Human Rights Watch rapporte des pratiques similaires en Chine, en Malaisie et en Iran.

Les témoignages de personnes internées sont présentés dans le documentaire «Cet endroit dans lequel j’ai été» produit par la Fondation Hivos.

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