La constatation est inquiétante: l’islam de Suisse vit dans une bulle. Du moins son aile la plus militante. On l’a encore vu à Winterthour cette semaine. Outre l’appel au meurtre de mauvais musulmans par son imam, la mosquée An’Nur, où s’étaient radicalisés des jeunes partis pour la Syrie, abritait aussi des migrants clandestins qui y logeaient à demeure. Avec une naïveté confondante, ses responsables semblent avoir cru que tout cela ne posait aucun problème.

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Biberonnés aux fonds étrangers, saoudiens, turcs ou autres, certains responsables musulmans ressemblent à des extraterrestres. Ignorants de la société qui les accueille, parlant peu ou pas la langue de leur terre de mission, ils semblent peu se soucier du respect des lois. Non qu’ils soient animés d’intentions criminelles – cela ne concerne qu’une poignée d’extrémistes. C’est plutôt qu’ils se sentent davantage liés par leur système de valeurs que par les normes de l’Etat de droit.

Parler de «société parallèle», comme les identitaires et autres islamo-paranoïaques, serait exagéré. Du moins en Suisse, où ce phénomène d’auto-ségrégation concerne tout au plus une zone grise, un petit milieu en marge, qui vit dans son monde, avec ses notions importées, et qui se trouve en porte à faux avec l’Etat et le reste de la population.

A Zurich, le Tribunal fédéral vient de confirmer l’interdiction d’une école coranique. Selon la cour, ses fondateurs considéraient que «la religion constitue la base de tout ce que les enfants apprennent et vivent plus tard». Cette conception absolutiste se heurte aux lois civiles qui, au final, doivent prévaloir.

Que faire? Chacun est libre de penser ce qu’il veut et de pratiquer la religion qu’il veut, ou aucune religion. Mais le citoyen d’un Etat moderne est soumis à des lois. C’est sur ce plan que les autorités sont en train d’apporter une clarification bienvenue. A Bâle en affirmant que les élèves doivent serrer la main de leur professeur. A Zurich en interdisant une école obscurantiste. A Winterthour en fermant la mosquée An’Nur, non pour ses prêches radicaux (qui font l’objet de poursuites pénales individuelles), mais parce qu’elle ne respecte pas les prescriptions en matière d’incendie, de cuisine ou de permis de séjour des étrangers.

Ce rappel à l’ordre, fondé sur le respect un peu tatillon des normes administratives, sera sans doute plus efficace que de vagues séminaires sur la radicalisation. Et moins dangereux que de grandes lois liberticides. Couplée à la lutte policière contre les activités djihadistes, cette pression réglementaire permet de fermer les lieux de cultes qui vivent en marge de la loi, d’expulser les personnages dangereux, ou de les renvoyer à la clandestinité pure et simple – en les coupant de ce milieu islamiste peu régulé dans lequel ils ont trouvé refuge.

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