Cloner un être humain… Impensable il y a trois ans, avant la naissance de la brebis Dolly, la perspective d'Aldous Huxley et de son «Meilleur des mondes» est désormais tenue pour certaine par l'ensemble des scientifiques. Mais la législation, imprécise aux Etats-Unis, est formelle en Europe, où l'interdiction est absolue. La Suisse fut pionnière en la matière, qui a inscrit cette disposition dans la loi dès 1992.

Mais la science avance et la Grande-Bretagne, pour la première fois, pourrait rompre la digue. Les parlementaires devront cet automne décider de l'autorisation du clonage humain pour la recherche. Il n'est pas question de permettre la réplication de «doubles» biologiques viables, mais d'autoriser la création d'embryons par clonage jusqu'au 14e jour d'existence. A ce stade, il serait déjà possible d'en extraire des cellules souches pour les réimplanter dans le corps d'un malade dont il serait le clone, par exemple.

Les perspectives thérapeutiques de ces travaux sont immenses et, pour beaucoup de scientifiques, de nature à lever les scrupules éthiques. Le débat britannique est pourtant enragé, à tel point que Tony Blair, dont le gouvernement est favorable à l'expérimentation, laissera liberté de vote à ses députés.

Parions sur son issue: les Anglais tireront les premiers et chacun les imitera tôt ou tard. Le motif en est simple. Si l'Europe continue d'interdire de telles expérimentations, elles iront se dérouler ailleurs. Rien n'a jamais empêché la science d'étendre ses progrès, pour peu qu'une demande économique la stimule. Or, si le corps social se révulse encore à l'idée du clonage humain, l'attente est immense face aux bénéfices médicaux qu'il pourrait engendrer.

Va-t-on pour autant vers le clonage à des fins de reproduction, avec ses perspectives terrifiantes? Rien n'est moins sûr, car l'intérêt d'un tel procédé reste marginal. La passion de quelques millionnaires américains pour la duplication de leur ego malade ne créera pas un marché. La perspective de sauver demain des leucémiques ou des enfants atteints de mucoviscidose, en revanche, devrait rapidement huiler le verrou de nos consciences. Qui se souvient encore de la bombe déclenchée, en 1978, par la naissance de Louise Brown, le premier bébé-éprouvette? L'événement, comme Dolly, s'était produit en Grande-Bretagne…

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