éditorial

Clonage: l’exemple chinois

EDITORIAL. Les recherches les plus sensibles au niveau éthique se font désormais en Chine, plus permissive que les pays occidentaux. Le risque pour ces derniers est sans doute de ne rien faire

Faut-il avoir peur du clonage humain reproductif? La question mérite d’être posée avec la publication, le 24 janvier dans la revue Cell par une équipe de scientifiques chinois, d’une étude dans laquelle elle annonce avoir créé deux macaques par clonage, en utilisant une technique similaire à celle employée pour Dolly. Une première chez les primates qui rappelle que le clonage humain est à portée d’éprouvette.

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Alors que la petite brebis était dévoilée aux yeux du monde en 1996, elle suscita rapidement l’émergence d’un consensus international pour interdire la mise en œuvre de la technique chez l’être humain (et même dès 1992 en Suisse, pionnière en la matière). Mais alors qu’on l’avait oublié, voilà que le clonage reproductif refait parler de lui depuis la Chine, pays où il demeure illégal chez l’homme.

Remparts de la bioéthique

C’est un fait, bon nombre d’études «sensibles» d’un point de vue éthique ont désormais lieu dans l’Empire du Milieu. La première édition du génome sur des embryons humains a ainsi eu lieu à l’Université de Guangzhou en 2015. Depuis, les remparts de la bioéthique ont cédé dans d’autres pays.

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Dans ces conditions il y a fort à parier qu’un jour en Chine viendra au monde le premier être humain créé par clonage. Et qu’après s’être indignés tous les autres pays modifieront leur législation et emboîteront rapidement le pas à la Chine.

Mais est-ce vraiment un mal? Le risque dans tout cela, pour les pays occidentaux, est peut-être de ne rien faire. Camper sur ses positions est le meilleur moyen d’alimenter une délocalisation des recherches dans d’autres pays. Ce fut le cas en 2016 lorsque le professeur en neurosciences de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne Grégoire Courtine est allé en Chine pour mener une étude sur des singes. Il a trouvé un accueil favorable dans des laboratoires privés à Pékin, où il est parvenu avec son équipe à faire remarcher des primates dont la moelle épinière avait été sectionnée. Ses recherches sont aujourd’hui porteuses d’immenses espoirs, et nul ne songerait à les interdire.

Faut-il donc adopter une posture un peu plus pragmatique en termes de considérations éthiques dans la recherche scientifique? Certainement. Mais cela ne doit toutefois pas occulter les inconvénients d’un tel clonage. Son taux de réussite demeure prohibitif (moins de 2% dans la présente étude), il mène à des anomalies du développement et engendre une moindre espérance de vie.

Et comment se procurer les centaines d’ovocytes requis pour espérer aboutir à une naissance? Sans parler de la question des mères porteuses. Au-delà du tour de force technique et de la trace laissée dans l’histoire par celui qui le premier y parviendra, l’intérêt médical ou économique du clonage reproductif reste loin d’être acquis.

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