Au Locarno Festival, on parle italien, allemand et français. Et anglais bien sûr puisqu’il s’agit d’un festival d’ampleur internationale. Le public est à l’image de la Suisse, pratique plusieurs langues, partage différentes sensibilités, ce qui se confirme au sortir de chaque projection. Ainsi ce confrère bernois qui souligne les qualités d’un film allemand programmé sur la Piazza Grande parce qu’il le compare au reste de la production germanique, qu’il juge faible, tandis que nous les Welsches restons perplexes face à la pauvreté de son scénario et la faiblesse de ses personnages.

Le Zurich Film Festival aspire à être une manifestation de pointe, mais il n’attire que des Alémaniques. Même problème pour la plupart des festivals romands, qui peinent même parfois à attirer un public extra-cantonal. A Locarno, chaque été, on a au contraire l’impression que toute la Suisse est là. Il faut dire qu’il y a pire comme endroit pour attirer les cinéphiles durant la période des grandes vacances.

Le quatrième épisode de notre grande série sur l’histoire du festival: Locarno, l’éphémère capitale politique

Le Locarno Festival est également devenu, au fil des années, un haut lieu de réseautage politique, une sorte de rendez-vous informel prérentrée. On a dès lors véritablement l’impression, onze jours durant, que le cœur de la Suisse bat ici, sur les rives du lac Majeur. Cette année plus encore, voir ce Tessin qu’on oublie trop souvent devenir le centre de la Confédération est réjouissant. Car on le sait, l’élection au Conseil fédéral qui se profile offre la possibilité au canton du sud de la Suisse de voir un des siens occuper à nouveau, après une longue absence, un des sièges du gouvernement.

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En ouverture du festival, le directeur Carlo Chatrian a annoncé que cette année, il privilégierait plus encore l’italien. On peut y voir un doux lobbying, une manière élégante de présenter le Tessin comme un canton fort, qui compte. Espérons que le signal arrive à Berne. Cet été, siamo tutti ticinese. Sauf le directeur de la section cinéma de l’Office fédéral de la culture (OFC), Ivo Kummer, qui, lors de sa conférence de presse annuelle, a expliqué dans un français brinquebalant (je ne lui jette pas la pierre, mon allemand est pire) que ce n'était pas un problème si il n'y avait le plus souvent pas d’experts tessinois dans les commissions qui attribuent les subventions, alors même que certains dossiers sont déposés en italien et que les membres desdites commissions ne sont pour la majorité pas italophones. Bon, en lisant la brochure distribuée par l’OFC, on apprend tout de même que 9% de ses collaborateurs sont Tessinois. C’est déjà ça.


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