Le canton de Neuchâtel est un laboratoire institutionnel. Il fut un modèle de consensus, puis une curiosité lorsque son parlement et son gouvernement ont basculé à gauche, en 2005. En 2009, l’électorat invente une cohabitation inédite: parlement à gauche et Conseil d’Etat à majorité libérale-radicale. A Genève et à Berne, c’est l’inverse.

La nouvelle cohabitation à la neuchâteloise apparaît comme le fruit du hasard. L’électorat a voulu, en priorité, éjecter le Vert Fernand Cuche, comme il avait éconduit au premier tour le radical Roland Debély, tous deux jugés ­inaptes à conduire les affaires de l’Etat.

Neuchâtel devra désormais composer avec des majorités opposées. Le tâtonnement, d’une législature à l’autre, illustre un canton qui se cherche, en proie à des difficultés que ni la droite ni la gauche ne sont à même de résoudre seules. Alors, place à la coalition de salut national. Libéraux-radicaux et socialistes sont condamnés à s’unir pour jouer une partition commune. Partout, les fronts ont tendance à se radicaliser, les partis à se profiler. Dimanche, dans un canton à la peine, l’électorat prône ­l’alliance par-dessus les ­idéologies.

La réussite de la cohabitation sera d’abord affaire de personnalités. De carrures. De magistrats capables d’additionner leurs compétences et leurs sensibilités, pas de les confronter systématiquement. Emancipé des dogmes socialistes, Jean Studer a tracé la voie sans y laisser sa popularité. Critiqué certes, mais brillamment réélu.

Crise oblige, à Neuchâtel comme ailleurs, les temps des institutions publiques ­s’annoncent durs. La cohabitation peut devenir une chance si, par nécessité, elle transcende la cohabitation, pour générer un consensus audacieux, volontariste et courageux.

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